‹ Prologue d'un règneChapitre 111 sur 177 · CHAPITRE IX. 24I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 24I

mes de troupes superbes, l'arme au pied, étaient prêts à l'aller délivrer.

A Turin, c'était l'heure attendue qui devait mettre le repentir du prince de Carignan à une suprême épreuve. Lors du dernier congrès, on s'en souvient, Charles-Félix avait en principe adhéré au projet autrichien, mais il avait remis à plus tard son pardon définitif. Le vieux roi entendait qu'il y eût plus qu'une signature entre son héritier et la Révolution, il voulait que le Rubicon eût charrié quelque cadavre.

Et Charles-Albert d'écrire, comme s'il l'eût pressenti (1) :

« Vous prononcez le mot de patience. C'est là une expression qui sort souvent de ma bouche. Si ma mémoire est fidèle, j'ai écrit deux lettres au Roi pour lui demander d'aller, comme volontaire, faire la campagne contre les constitutionnels espagnols. Je n'ai point encore de réponse, mais vous savez, mon cher ami, que l'espérance est la dernière chose qui reste au fond d'un cœur en proie aux vicissitudes de la fortune. Je serais vraiment bien affligé, si je devais encore, dans cette circonstance, faire répéter le mot de patience aux échos de ces parages... »

A cette même date du 24 février, comme un de ces échos dont parlait le prince, Sylvain répétait : « Voilà la guerre qui va faire courir les galants. Il est clair que de longtemps on ne voudra pas de nous en Piémont. Que l'on nous permette au moins alors d'aller

(1) A Sonnaz, le 24 février 182^.

promener notre ennui en Espagne. Le prince le demande inutilement par tous les courriers; il a été jusqu'à offrir de faire cette campagne incognito. Ne serait-ce pas le cas pourtant de l'envoyer au pays des autodafés brûler ce qu'on l'accuse d'avoir si passionnément adoré?

u En attendant, il a l'ennui de plus en plus séraphique, et quelques horions me paraîtraient bien utiles pour le ramener ici-bas. »

Quand on souffre, il semble, en effet, que la terre s'arrête; mais vienne un peu de bonheur, elle se reprend à tourner.

La permission tant désirée de partir pour l'Espagne arrivait enfin. Si Charles-Félix l'avait longtemps fait attendre, c'est qu'il voulait que le prince, par l'insistance de ses démarches, se fût à tout jamais compromis.

« ...Depuis qu'il tient sa bienheureuse permission, mon prince est à lier, écrivait Sylvain; elle nous est arrivée avant-hier; hier déjà nous quittions Florence, Toujours courant. Nous sommes à Livourne, espérant rejoindre à temps M. le duc d'Angoulême. Il serait par trop triste vraiment de n'arriver que pour mettre le sable sur l'écriture.

« La princesse et ses enfants resteront à Florence jusqu'à ce que la fusée soit débrouillée. » Puis, taisant un retour mélancolique sur lui-même, Sylvain ajoutait : « Il n'est guère de profit à faire le satellite, fût-ce même du soleil; mais en temps de brouillard, c'est vraiment duperie. J'ai la permission d'accompagner mon prince, et voilà tout. On me laisse le capi-

Page 1