‹ Prologue d'un règneChapitre 112 sur 177 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

taine que je suis depuis sept ans. Cela ne me donnera pas beaucoup de considération parmi toutes les épaulettes à grelots que nous allons rencontrer. Enfin je me donnerai du galbanum à moi-même si personne ne m'en donne. Le beau soleil de la Manche et beaucoup de philosophie parferont ma ressemblance avec un certain écuyer que tu sais. »

Il fallait bien qu'un peu de mauvaise humeur fît contrepoids au dévouement qu'apportait Sylvain à préparer ce hâtif départ.

« Je suis à Livourne, écrivait de son côté le prince au chevalier Barbania (1), le 29 avril 1823. et j'ignore si le Roi a cru convenable, vu surtout le nombre des personnes qui doivent m'accompagner, de mettre quelques sommes à ma position. Dans tous les cas, je vous prie d'assurer sur mes biens celles dont vous aurez à me faire renvoi. Je vous préviens que j'ai pris 24,000 francs chez le banquier de Florence, et vingt autres mille chez son correspondant à Livourne. Je me suis fait de plus donner des lettres de crédit, car vous concevez que j'aurai de fortes dépenses à faire, surtout pour me monter en chevaux et en équipages.

« Je vous prie, en attendant, de m'envoyer deux paires d'écaillés d'épaulettes, quatre garnitures de boutons et le galon nécessaire pour garnir trois chapeaux, car je me trouve avec un seul uniforme et un seul frac (2). »

(1) Surintendant de la maison du prince.

(2) Mais le roi Charles-Félix n'était pas pour se mettre en peine de pareilles vétilles. On raconte, en effet, que le trousseau

Heureusement, un léger retard dans la marche du navire qui devait transporter le prince de Livourne à Marseille, permit à chacun de compléter son équipage.

La frégate tant attendue arrivait enfin. C'était le Commerce de Gênes, commandée par le capitaine Wright. Mais comme Wright n'avait su qu'en mer l'objet de sa mission, il lui fallut encore une grande journée pour s'approvisionner des mille riens indispensables à une traversée princière. « Si j'ai bonne mémoire, dit Sylvain, nous levâmes l'ancre le 2 mai. »

« De Livourne à Marseille, la traversée fut magnifique. Le quatrième jour nous arrivions sur rade, toutes voiles au vent. (Tétait là, paraît-il, une manœuvre remarquable, car elle nous valut une multitude de curieux, soit sur les môles, soit dans de petites embarcations qui vinrent graviter autour de nous.

« Une d'elles nous amena le chevalier Isasca, mon camarade à l'état-major général, avec le chevalier de Robilant, deuxième écuyer du prince; tous deux devaient être de notre partie d'Espagne. Par je ne sais quelle circonstance, le général marquis de Faverges. qui, sous couleur de premier aide de camp, allait prendre auprès du prince le rôle de gouverneur, manquait seul au rendez-vous.

« Nous débarquâmes presque aussitôt au milieu

de sa fiancée ayant fait naufrage en 1807, il se contenta de dire : « En voilà pour cent mille livres de perdu. Mais patience, avec ce qu'elle a pour s'habiller à présent, n'en a-t-elle pas bien assez ? »

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