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CHAPITRE IX

d'une foule immense. Les têtes provençales, exaltées à leur ordinaire, nous avaient ménagé des cris de joie et des vivat à étourdir. Je me souviens, entre autres, d'un portefaix qui nous suivit pas à pas en criant d'une voix formidable : a Vive le prince de Carignan quand même! » Pourquoi ce quand même? Je n'ai pu deviner s'il faisait allusion à la conduite du prince lors des derniers événements de Piémont, ou si notre hurleur protestait contre la campagne que nous allions entreprendre.

« Le préfet, M. de Villeneuve, et le général dont le nom m'échappe, vinrent alors saluer Monseigneur chez le consul sarde, où nous étions descendus. La rue s'obstruait de curieux. Il fallut plusieurs fois, pour les satisfaire, que le prince se montrât à la fenêtre.

« Pendant qu'il saluait au balcon, moi, je courais les rues. Il me fallait acheter une voiture, une boîte en or avec diamants pour Wright, donner mille écus à l'équipage et m'approvisionner de crédits et d'argent comptant.

« A huit heures cependant tout était prêt, et nous pouvions partir.

« La suite de Monseigneur se composait de trois officiers et de six serviteurs. Nous courûmes nuit et jour jusqu'à Bayonne sans nous arrêter plus de temps qu'il n'en fallait pour changer de chevaux. A Nîmes, cependant, la halte fut de deux heures, parce que Son Altesse Royale madame la duchesse d'Angoulême, qui s'y trouvait, voulut absolument donner à dîner au prince.

« Notre course désordonnée ne pouvait avoir d'autre intérêt que de nous rapprocher des frontières d'Espagne. Par une vraie malechance, cependant, quand enfin nous atteignîmes la Bidassoa, ce fut pour y être arrêtés. Le passeport du prince était au nom du marquis de Montenero; or jamais le commandant du poste français ne voulut comprendre que le marquis de Montenero et le prince de Carignan ne faisaient qu'une seule et même personne. Il fallut discuter, parlementer : Dieu sait si nous n'aurions pas été réduits à rebrousser chemin jusqu'à Pise sans l'intervention du docteur Silvano, médecin piémontais. attaché à l'état-major de M. le duc d'Angoulême. Il voulut bien se porter caution de l'identité de mon Seigneur.

« A Tolosa, nous saluâmes, en courant, le prince de Hohenlohe, qui commandait le siège de Pampelune. Il nous donna une escorte pour traverser les défilés de Salinas, où on croyait que des partis constitutionnels battaient l'estrade. Il n'y avait heureusement personne. Nous visitâmes non moins vite la magnifique cathédrale de Burgos. Le prince et le chevalier Isasca, en quittant cette dernière ville, furent emportés par leur attelage de mulets vicieux à nous donner les plus vives inquiétudes.

« Nous rejoignîmes enfin M. le duc d'Angoulême à Aranda. Il y avait treize jours et douze nuits que nous avions quitté Pise!

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