CHAPITRE IX
prince l'occasion d'effacer le souvenir de tout ce qu'il pourrait y avoir eu de défavorablement interprété dans sa conduite pendant les événements de 1821...
« Mais le rôle que nous désirons lui voir jouer dans la guerre, exigeant une prudence, une sagesse et une détermination qui ne peuvent être encore l'apanage complet de son jeune âge, nous avons jeté les yeux sur vous et nous vous avons choisi pour être son principal guide dans la carrière honorable que nous désirons lui voir parcourir... »
La mission dévolue à Faverges était épineuse, tant les instructions qu'il recevait mettaient le prince sous sa tutelle. Propos, relations, correspondance, tout relevait de sa surveillance. « On n'eut jamais, racontait-il plus tard, aussi terriblement charge d'âme. »
« Ce que nous vous ordonnons surtout, disait la lettre royale, c'est de veiller avec le plus grand soin à ce qu'aucune communication directe ou indirecte ne puisse s'établir entre le prince et les révolutionnaires ou les proscrits de tous les pays... Il faudra aussi éviter toute liaison particulière du prince ou des personnes qui l'accompagnent avec des individus de l'armée française dont les opinions pourraient être suspectes... »
A peine Charles-Félix exceptait-il MM. Bordessoulle, de Damas et de Coëtlosquet de la défiance où il tenait le grand état- major français. Cette curieuse lettre, qu'il faudrait citer tout entière pour montrer à quels détails descendaient les soupçons du Roi, se terminait par ces mois :
« Afin que notre neveu connaisse, d'une manière
très précise, nos intentions et la responsabilité dont vous êtes chargé, vous lui communiquerez les présentes instructions, vous les lirez aussi aux officiers qui raccompagnent, afin que chacun connaisse nos volontés et son devoir (i). »
Il ne restait au prince qu'à s'incliner devant des ordres aussi nets, mais son humeur n'était pas pour s'en accommoder aisément. Isasca et Rçibilant ne parurent guère plus flattés que lui de la surveillance à laquelle on les soumettait. Quant à Sylvain, sa colère débordait.
« Les instructions de Faverges, et qu'il vient de nous lire, sont des fruits de saison. Torquemada est de mise en Espagne! Cependant je ne puis m'empêcher de rire à voir Henri (2) dans sa peau de grand inquisiteur. Il s'en drape, un peu honteux de son personnage. Mon jeune seigneur prend Mentor moins gaiement que moi, quoique le grand cordon de Sainte- Anne qu'il porte rehausse notre petite brigade piémontaise. Elle en avait grand besoin; jusqu'ici, nous étions trop minces d'épaulettes. Je n'ai même pas le grade voulu pour manger à la table de M. le duc d'Angoulême. Patience!... »
Sylvain invoquait cette patience que tant de gens demandent à la parfaite égalité de leur mauvaise humeur.
(1) Archives de Faverges.
(2) Sylvain était cousin germain du marquis de Faverges.