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CHAPITRE IX

çais(i). Il fallut près de deux jours pour ramener une demi-sécurité dans Madrid.

M. le duc d'Angoulême y faisait son entrée le lendemain à la tête du corps de réserve. La petite brigade piémontaise galopait parmi les cent généraux du grand état-major.

« La population tout entière était dans la rue. Les cris, les cloches, nous assourdissaient, dit Sylvain. Les fleurs nous tombaient en pluie sur la tête; comme nous passions au galop, des danseurs nous suivaient avec des castagnettes et des tambourins. Rien ne peut donner une idée de la folie de ce peuple d'Espagne. Je commence à regretter que mon prince ait fait un aussi long voyage pour voir danser seulement le boléro.

« Nous voilà cinquante mille hommes dans Madrid. On parle d'une convention qui donne quarante-huit heures de répit aux constitutionnels avant qu'on les poursuive. Drôle de façon de faire la guerre. Mais ici, on n'a pas besoin de la pratique autrement, car, sans coup férir, nous allons en avoir fini.

« On dit que tous les diplomates du monde s'acheminent déjà pour venir arranger les choses. M. le duc d'Angoulême, en les attendant, a fait une magnifique proclamation. Il dit aux Espagnols que, ne voulant se mêler en rien de leurs affaires, il rétablit en l'absence du Roi les conseils suprêmes de Castille et des Indes.

( i ; Voyez pour tous les détails de l'entrée de l'armée française à Madrid : i° Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations; 2° les Mémoires d'Ouvrard.

Ceux-ci nommeront une régence qui gouvernera jusqu'à la délivrance du Roi prisonnier.

« Rien de plus noblement pensé ni de mieux écrit que cette proclamation. Il n'en est pas moins vrai que notre campagne tourne à la campagne de Don Quichotte contre les moulins à vent.

« Fasse Dieu qu'il n'en soit pas toujours ainsi! Je l'espère un peu, car mon prince, à force de se démener, a obtenu de suivre le général Bordessoulle, qui, dès demain, va marcher sur Séville. C'est là que bout maintenant le pot constitutionnel; c'est là que les Cortès ont emmené le Roi prisonnier. Nous partirons quinze ou seize mille hommes pour donner le coup de grâce à la Constitution et délivrer Ferdinand. Notre marche se fera sur deux[colonnes, conduites, l'une par Bourmont, l'autre par Bordessoulle, qui prendra le commandement en chef lorsque nous serons arrivés devant Séville [b). »

Mais comme il fallait, pour cette marche en avant, quitter le grand quartier général, qui restait à Madrid, le prince chargea Sylvain de mettre sa maison sur pied de guerre.

« J'eus à me pourvoir, raconte celui-ci, de cuisiniers, de maîtres d'hôtel, de fourgons, de vaisselle et de casseroles. Je fus assez heureux pour rencontrer tout cela dans des conditions fort convenables. Je m'approvisionnai aussi de quelques muletiers et j'augmentai l'écurie d'une dizaine de bons chevaux. Nous en eûmes dès lors vingt, dont quinze chevaux de selle, ayant chacun double équipement. Nous

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