‹ Prologue d'un règneChapitre 119 sur 177 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

d'un abbé du dix-huitième siècle, avec cela une volonté terrible et une intelligence hors de pair.

Douze mille Capucins lui obéissaient. Ce réseau de moines enserrait si bien l'Espagne, que leur chef v décidait de tout en dernier ressort.

Ouvrard raconte que causant, un jour, avec le P. Cirilo, on apporta à celui-ci une corbeille pleine de lettres. « Ah! voyons, dit le moine en les parcourant, ce qu'il est advenu de l'Abisbal. » On sait que c'était le général constitutionnel qui, à l'approche des troupes françaises, s'était échappé traîtreusement de Madrid. M. le duc d'Angoulême l'avait envoyé en France. L'Abisbal, malheureusement pour lui, avait été reconnu et arrêté par un maître de poste. La lettre racontait l'aventure et se terminait par ces mots : « Nous attendons vos ordres pour faire lapider ou pour faire évader le général. » De belle humeur ce jour-là, le P. Cirilo voulut bien le laisser échapper.

« Et cahin-caha, continueSylvain, nos deux colonnes, dont l'objectif, par des chemins différents, était Séville, continuaient leur marche. Nous avancions comme dans un pays ami, sans nous donner la peine de nous garder. Avec des troupes moins démoralisées que l'étaient

les troupes espagnoles, c'eût été là une grande imprudence. Nos deux corps d'armée cheminaient, en effet, à plus de soixante lieues l'un de l'autre et ne pouvaient s'être réciproquement d'aucun secours. J'avoue que toutes ces marches étaient mortelles d'ennui.

« Arrivés à Santa-Crux, nous eûmes enfin l'espérance de donner sur l'arrière-garde de l'ennemi. On le disait cantonné dans un petit village nommé Elviso et distant d'environ quatre lieues. Nous avions déjà fait six lieues le matin, mais l'occasion était trop belle pour la laisser échapper; nous ne nous donnâmes que le temps de faire manger du pain trempé à nos chevaux, et d'un bon galop nous rejoignîmes le régiment de dragons envoyé pour renforcer l'avant-garde commandée par le maréchal de camp duc de Dino. Ce fut peine inutile. L'ennemi avait disparu. Mon prince, le lendemain matin, laissa partir le duc de Dino, convaincu que la poursuite serait vaine. Pas du tout. Deux heures plus tard, l'avant-garde surprenait les négros au détour d'un rocher, leur tuait pas mal de monde, et leur faisait deux ou trois cents prisonniers. Ces pauvres diables étaient exténués et découragés à l'excès.

« A juger des soldats constitutionnels par les exemplaires tombés entre nos mains, nous avions affaire à de véritables goujats. Cependant, comme leurs vêtements étaient en bon état, le général Bordessoulle leur fit enlever pantalons, souliers et chemises, et les distribua à ceux de nos hommes qui en avaient besoin.

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