CHAPITRE IX. 25q
Cette toilette, qui se fit en plein champ, ne manquait pas d'originalité.
« Puis nos éternelles étapes nous firent traverser Baylen et Cordoue. Nous nous rapprochions de Séville quand tout à coup nous apprîmes que les Cortès avaient brusquemenent enlevé le Roi pour le transporter à Cadix. Il nous fallut changer d'itinéraire et courir là où était celui que nous avions la prétention de délivrer. Les mines s'allongeaient, car d'un instant à l'autre, nous pouvions apprendre l'embarquement du Roi, et nous n'étions pas outillés pour le suivre aux antipodes.
a Le petit fait que voici vint heureusement faire diversion à l'inquiétude que nous avions de n'arriver à Cadix qu'après Vite, missa est.
« Il était midi, et nous dormions tous écrasés de chaleur, quand le feu prit dans un champ de blé où était parquée notre artillerie. Grand était le danger; un caisson avait déjà, sauté et blessé plusieurs hommes; les soldats envoyés pour éteindre l'incendie hésitaient, lorsque mon prince se précipita au milieu d'eux, les entraîna, et s'attelant lui-même à un caisson, donna le plus bel exemple de courage et de sang-froid. Ceci lui valut la croix de la Légion d'honneur. Et à ce propos, je me souviens encore de ce joli mot. Une sentinelle voulait empêcher Monseigneur de passer, lui disant qu'il risquait de sauter : « Ma place est où on saute », répondit-il gaiement, et il passa.
« Mais c'étaient les roses d'un métier dont les étapes formaient le rude faisceau d'épines. Nos étapes se
déroulaient en éternels rubans de queue sous un soleil de plomb. Heureux encore quand nous n'avions pas à les doubler, comme à Marcena, pour rejoindre un ennemi imaginaire. Notre beau zèle ce jour-là n'eut d'autre résultat que de nous montrer la négligence avec laquelle on se gardait chez nous. Nous pûmes arriver jusqu'à la porte du général, duc de Dino, sans rencontrer personne pour demander si nous étions amis ou ennemis.
« Le même soir nous arrivions à Xérès délia Frontera. Le lendemain nous amenait à Porto-Reale; nous v passâmes deux heures à regarder les travaux que les Espagnols faisaient en toute hâte pour défendre la baie de Cadix et ce Trocadéro dont on nous menaçait depuis Madrid. Il y avait vingt jours que nous en étions partis lorsque nous nous installâmes à Port- Sainte-Marie, juste en face de Cadix. Nous avions enfin devant nous notre prisonnier et sa prison. »
a Eh bien, très cher Sonnaz, écrivait de son côté le prince (i), vous ne vous attendiez pas, il y a quelques mois de ça, à recevoir de votre ami une lettre datée de cette extrémité de l'Europe.
« Certes, ma position a bien changé depuis mon départ de Toscane; grâces en soient rendues à Dieu, elle ne pouvait l'être d'une manière ni plus avantageuse ni plus agréable pour moi. Je suis persuadé, vous connaissant, que vous partagez ma satisfaction. Elle va tous les jours augmentant; car il est impossible
(i) 12 juillet [823.