CHAPITRE IX. 2ÔI
d'avoir été traité avec plus de bonté que je ne l'ai été par le duc d'Angoulême... Je ne pouvais m 'attendre à autant, ni m imaginer plus
« Tous les généraux et toutes ces personnes que je vois sont on ne peut mieux avec moi. Enfin, il ne me reste à désirer que de pouvoir assister à quelque affaire un peu sérieuse, ce qui arrivera bientôt, j'espère. Comme vous le savez sans doute, je devais rester avec le duc d'Angoulême, mais, à force de faire, j'ai obtenu de partir avec le corps d'armée du général Bordessoulle. Ceci, je n'en doute point, aura votre approbation et celle de tous les honnêtes gens. Nous espérions enlever le roi à Séville, mais la démarche la plus inattendue nous a privés de ce bonheur. Nous sommes venus le chercher ici, à Cadix, ce que je regarde comme une disposition de la Providence, qui a décidé que cette infâme Constitution serait détruite dans le lieu même où elle avait pris naissance (1). »
Le prince, en écrivant ainsi, semblait croire que les hommes lui tiendraient compte de son ardeur à seconder les desseins de la Providence. Il n'en était malheureusement rien. Les égards que l'on avait pour lui à l'armée caractérisaient, aux yeux de Metternich, ce que le chancelier appelait la dangereuse politique suivie par la Restauration. Il avait si bien convaincu l'ambassadeur sarde, comte Pralormo, du danger de cette politique, que Pralormo se hâtait d'écrire à Turin :
1) C'était à Cadix, en effet, que le icr janvier 1820, Riego et Quiroga avaient proclamé la Constitution de 1812.
« Je ne puis me déguiser que la tournure prise par les affaires d'Espagne a redoublé ici la sensation inquiétante qu'avait produite le départ du prince de Carignan pour la Péninsule. Tout annonce qu'en dépit des bons offices des cours alliées, en dépit de la répugnance vraie ou simulée du ministre Chateaubriand, malgré les clameurs des bons royalistes français, le duc d\Angoulême, ou plutôt les malintentionnés qui l'entourent, sont décidés à faire une transaction scandaleuse avec la Révolution...
« On craint ici que cet exemple ne soit contagieux; on craint surtout qu'il ne donne une nouvelle existence au parti constitutionnel en Piémont, à ce parti qui voulait une charte à la française, et que Ton regarde, en ce moment, comme plus dangereux que le carbonarisme (i). »
Il a toujours été des gens pour préférer le pavé qui leur broiera la tête à la mouche qui les importunerait. C'est pour ces gens-là une question de principe, comme aussi de ne jamais admettre de repentirs sans aveux. Il est pourtant des repentirs bien sincères dans leur silence!
« On ne se douterait guère, écrivait Sylvain, à voir l'entrain de mon jeune seigneur, qu'il se soit jamais, peu ou prou, enfariné de Constitution. Dans tous les cas, il met une noble ardeur à se débarbouiller. Chaque matin nous montons à cheval, nous rappro-
(i) Dépêche de Vienne, 3o août 1823. Pralormo au comte de La Tour.