CHAPITRE IX
chant le plus près possible des ouvrages espagnols. L'île de Léon s'en hérisse. Serons- nous, pour les forcer, plus heureux ou plus habiles que nos devanciers de 1 8 1 2 ? »
On pouvait en douter, car peut-être n'est-il pas en Europe de place plus inabordable que Cadix. Imaginez, s'élevant entre l'Océan et la baie de Puntalès, une sorte de promontoire long d'environ deux lieues et qu'un chenal navigable isole du continent espagnol. Voilà l'île de Léon. Une chaussée la traverse de bout en bout pour se terminer, à l'ouest, par un rocher sur lequel est bâti Cadix, et, à l'est, par un pont fortifié, le pont de Zuras, jeté sur le canal San-Fernando, dont je parlais tout à l'heure. A sa double embouchure, sur l'Océan et sur la baie, ce canal est défendu, au midi, par le fort Santi-Pietri, et au nord, par de grands ouvrages, dont le plus important, bâti dans une presqu'île, en face de Cadix, s'appelle ou plutôt s'appelait le Trocadéro.
La possession de ce point stratégique, qui commande toutes les passes et toutes les défenses de la baie, était décisive. Bordessoulle prit donc le Trocadéro pour objectif, oubliant bravement qu'en 1 8 1 2 tous les efforts du duc de Bellune s'étaient brisés contre ces mêmes ouvrages auxquels il allait se heurter.
A l'aide d'une large et profonde coupure, dans laquelle entraient les eaux delà baie, les défenseurs du Trocadéro avaient fait une île de leur presqu'île. Derrière cette sorte de fossé, dont les bords étaient hérissés de chevaux de frise, le colonel Garces, chargé de défendre la place, avait accumulé les retranchements et entassé les canons et les hommes...
« Dix ou douze mille ouvriers, écrivait Sylvain, nous taillent, nuit et jour, de la besogne dans la presqu'île de Léon. Malheureusement, comme nous n'avons encore ni vaisseaux pour bombarder ni grosse artillerie pour canonner, nous sommes obligés de laisser faire et de nous en tenir au plus platonique des blocus...
« Notre inaction forcée a au moins ce bon côté, de nous permettre de nous installer au port Sainte- Marie en face de notre future conquête; nous y voilà, je le crains, pour longtemps, avec tout l'état-major. Notre très jolie maison appartient à la veuve d'un commerçant, nommé, en son vivant, Sanchez Duero. La maison, entourée de jardins, domine le Guadaletta, petit torrent qui va se jeter dans la baie de Cadix. Ce petit torrent se donne par son flux et son reflux une certaine importance. De belles promenades nous entourent dans toutes les directions. Pour être à l'extrémité sud de l'Europe, Sainte-Marie, grâce à la brise de mer, n'a pas un climat trop étouffant.
« On nous fait ici, comme du reste partout, depuis notre départ de Madrid, l'honneur d'une garde à notre porte. Chaque jour, nous recevons à dîner quelques