CHAPITRE X
Ferdinand VII et les Cortès. — Premiers combats devant Cadix. — Prise du fort Santi-Pietri. — Arrivée de M. le duc d'Angoulème à Porto-Santa-Maria. — L'ordonnance d'Andujar. — Lettre du généralissime français à Ferdinand VIL — La réponse du Roi décide de l'attaque du Trocadéro. — Dispositions prises et ordre de bataille. — Le prince de Carignan à la tranchée. — Passage de la Cortadura. — Assaut et prise du Trocadéro. — Les grenadiers de la garde offrent au prince les épaulettes rouges d'un de leurs camarades tué. — Opinion du prince de Metternich sur ces épaulettes. — Situation des assiégeants et des assiégés à Cadix. — Ouvrard entame des négociations secrètes pour la capitulation de la place. — Bordessoulle les appuie par une démonstration contre l'île de Léon. — Le drapeau blanc est arboré par les Cortès. — Ils envoient Ferdinand VII traiter de la paix. — Arrivée du Roi à Porto-Santa-Maria. — La famille royale. — Lettre de Charles-Albert sur sa campagne en Espagne. — Mauvais vouloir de Charles-Félix. — Il permet à Charles-Albert de se rendre auprès de Louis XVIII. — Voyage et arrivée du prince de Carignan à Paris.
Ferdinand VII avait quitté Madrid au moment où l'armée française franchissait les Pyrénées. Le 10 avril, il arrivait à Séville; les Cortès Py rejoignaient le 23, et tout le mois de mai était employé à décréter les mesures révolutionnaires accoutumées. Proclamations, emprunts forcés, condamnations à mort, on avait tout essayé pour galvaniser l'enthousiasme espagnol; mais
l'effort avait été inutile. Le 10 juin, on apprenait avec stupeur à Séville que le général Bordessoulle, trompant tous les calculs par la rapidité de sa marche, menaçait Cordoue. Cordoue ne pouvait opposer la moindre résistance. Maître de cette ville, Bordessoulle trouvait libre le passage du Guadalquivir. Il pouvait désormais, sans obstacle, descendre la rive gauche du fleuve et couper toutes les communications de Séville avec la mer.
Devant un danger si pressant, il ne restait aux Cortès qu'à profiter des chemins encore ouverts, pour abriter derrière les murs imprenables de Cadix, et leur roi prisonnier, et leurs délibérations révolutionnaires. Mais voilà que Ferdinand VII, jusque-là inerte entre leurs mains, opposa tout à coup une résistance furieuse aux ordres de départ qui lui étaient signifiés. Les Constitutions, heureusement, sont faites pour tout prévoir. L'art. 187 de la Constitution de 181 2 prévoyait la folie du roi d'Espagne. On se hâta d'en faire bénéficier Ferdinand VII. Bien légalement il fut déclaré fou par un vote, mais fou seulement pour le temps que durerait son transfert de Séville à Cadix. Un conseil de régence devait gouverner l'Espagne pendant les trois ou quatre jours nécessaires au voyage du Roi.
Ce fut au son des cloches et avec tous les honneurs imaginables que le malheureux fut reçu dans sa nouvelle prison. Les portes en étaient à peine refermées que Bordessoulle y frappait.
Malgré la rapidité et le succès de la marche qui