‹ Prologue d'un règneChapitre 127 sur 177 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

avait amené l'armée française sous les murs de Cadix, on se faisait cependant, si j'en crois cette lettre, bien des illusions au quartier général.

« Je suis persuadé, écrivait en effet le prince à Sonnaz, quedans six semaines, tout au plus, nous pourrons donner une garde au Roi et l'escorter jusqu'à Madrid...

a Comme sans doute vous l'avez vu par les journaux, la cause révolutionnaire est absolument perdue en Espagne. Il n'y a plus que quelques généraux qui portent encore les devises constitutionnelles; on les poursuit comme des chiens enragés, et s'ils ne sont pas encore tous pris, sous peu ils le seront

« Le petit nombre de places que défendent encore les constitutionnels se rendront immanquablement lorsque le Roi sera libre. Elles seraient en notre pouvoir depuis longtemps, si on l'avait voulu; mais M. le duc d'Angoulême, qui désire toujours épargner le sang, a préféré les faire bloquer.

« Nous avons été reçus partout, non seulement avec joie, mais avec enthousiasme. Le clergé a fait des prodiges et a montré plus que jamais toute sa force et son énergie. A voir les choses actuellement, il paraît impossible que la Révolution ait pu avoir lieu ; tout s'explique cependant, en considérant les mœurs du pays.

a Mais je vois que j'entre dans une dissertation, je m'arrête. »

Le terrain politique était brûlant, et mieux valait parler de guerre.

« Nous faisons de temps en temps des reconnais-

sances, et probablement à ]a vue du malheureux Ferdinand, qui monte tous les jours à son belvédère, dit-on, pour observer nos mouvements à l'aide d'une lunette. Il est très triste et ne se montre plus que habillé de noir. »

Cette lamentable image d'un roi prisonnier hantait Charles-Albert au point que Sylvain pouvait écrire :

« Mon jeune seigneur reviendrait converti, s'il avait besoin de l'être, par tout ce qu'il entend dire du malheureux Ferdinand, et nous tous ne perdons pas une occasion de lui montrer ce que deviennent les princes quand ils se livrent pieds et poings liés à leurs peuples, sous prétexte de faire leur bonheur. »

Et le digne homme d'ajouter brusquement, car il négligeait fort les transitions dans son journal :

« Nous apprenions entre temps que le corps d'armée commandé par le comte Molitor poussait sur nous Ballesteros, l'épée aux reins. Mal informés sans doute, les défenseurs de Cadix prirent cette déroute pour une marche triomphale, car nous les vîmes risquer une sortie, le plus intempestivement du monde. »

Huit ou neuf mille hommes, soutenus par plus de soixante pièces de gros calibre et par neuf chaloupes canonnières, débouchaient en effet, le ib* juillet, de l'île de Léon et du Trocadéro. Ils marchaient sur six colonnes à l'assaut des lignes françaises qui s'étendaient de Porto Reale à Chiclana. Les trois colonnes de droite, fortes d'environ quatre mille hommes, passèrent le canal près du fort Santi-Pietri ; les trois autres

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