CHAPITRE X
débouchèrent par le pont de Zuaz, et se déployèrent sous la protection des batteries de l'île.
Espérant attirer les Espagnols loin de leurs canons, Bordessoulle ordonnait aussitôt une marche en retraite. L'ordre parvint-il trop tard ou fut-il mal compris, je ne sais. Mais il est certain qu'un élan furieux jeta tous les postes français sur l'ennemi.
« Au premier bruit de l'engagement, raconte Sylvain, nous montâmes à cheval et prîmes le galop pour nous rendre sur le champ de bataille. La canonnade y était toujours vive, bien que les Espagnols commençassent à dessiner partout leur retraite. Encore une fois, nous n'arrivâmes que pour mettre le sable sur l'écriture. Le prince en eut un accès de féroce mauvaise humeur. Quant à moi, je me contentai d'une impression horrible. Pendant que nous visitions les ambulances, un malheureux Espagnol me sembla regarder avec curiosité quelque chose qui se passait non loin de lui. Je suivis la direction de son regard, et j'aperçus un chien qui tenait toute pantelante, entre ses dents, la jambe qu'on venait de couper au pauvre diable...
« Je me souviens aussi que, dans cette affaire, le général Obert, avec qui nous étions fort liés, eut une balle dans le troussequin de sa selle. Le jeune et joli vicomte de Montmorency, aide de camp du comte de Béthisy, reçut la croix pour une légère blessure. Au demeurant, ce fut la première et dernière sortie des troupes espagnoles. Elles se contentèrent dès lors d'accumuler défenses sur défenses dans l'ile de Léon et sur la position du Trocadéro. »
Enfin après deux mois de siège platonique, comme disait Sylvain, l'heure était venue d'engager une sérieuse offensive. Les travaux d'approche s'achevaient, les derniers approvisionnements, le parc de grosse artillerie étaient arrivés, tandis que la flotte croisait devant l'île de Léon et bloquait la baie de Cadix.
En même temps que Ton ouvrait la tranchée devant le Trocadéro, l'ordre était donné, pour isoler la place de tout secours venant par mer, Tordre était donné aux amiraux Duperré et des Rotours de s'emparer du fort de Santi-Pietri à l'embouchure du canal sur TOcéan.
L'entreprise pouvait à première vue paraître hasardeuse. Toutes les passes se trouvaient défendues par des écueils. Le fort lui-même était armé de pièces du plus gros calibre, et sa garnison venait d1être portée à près de cinq cents hommes.
La division navale appareilla le 20 août. Le Centaure, monté par l'amiral des Rotours, ouvrait la marche, suivi du Trident et de la Guerrière en serre-file. Les vents étaient à Test et la mer belle. Courant bâbord amure, l'escadre serrait la côte au plus près, tandis que la corvette l'Isis sondait pour trouver un