CHAPITRE X
mouillage à portée du fort. A midi, la goélette le Santo-Cristo, commandée par le lieutenant de vaisseau Trotel, rallie la division et découvre enfin, à quatre cents toises du Santi-Pietri, un fond sur lequel viennent aussitôt s'em bosser le Centaure, le Trident et la Guerrière. Le feu s'ouvre, et l'amiral fait signal aux troupes de débarquement de rallier le Centaure.
Les chaloupes poussent au large, ayant à bord quatre cent vingt hommes des 12e et 24e de ligne. Mais voilà qu'arrivé au pied des rochers sur lequels le fort est construit, le capitaine de frégate Tétiot, qui commande le débarquement, voit arborer le pavillon blanc. Le feu cesse, et deux heures après la garnison se retirait dans Pile de Léon, avec les honneurs de la guerre. On les lui devait; car pas un des bâtiments français n'avait été touché.
Sans doute, on ignorait à l'état-major du prince qu'une négociation en due forme avait réglé cette bruyante et inoffensive mise en scène, car Sylvain admirait fort « ce joli fait d'armes qui fait, dit-il, le plus grand honneur à la marine et nous promettait à brève échéance un succès définitif».
Heureusement en cela Sylvain ne se trompait pas.
« Les travaux du siège avançaient. Notre blocus se resserrait, si bien que, depuis la prise du Santi-Pietri, nous nous chargeâmes de la bouche de Sa Majesté Ferdinand VII. Comme toute chose agréable lui manquait à Cadix, nous lui envoyions tous les deux ou trois jours des bateaux chargés de glace et de fruits.
« Mon prince, de plus en plus enthousiasmé par son nouveau métier, allait aux tranchées, sans vouloir jamais capituler avec sa grande taille qui le faisait tant et si bien apercevoir, par-dessus les déblais, que les Espagnols prenaient son chapeau à plumes blanches pourpoint de mire. Trois ou quatre fois leurs balles frôlèrent son visage sans le décider à faire ce que chacun de nous faisait, c'est-à-dire à se baisser modestement. Bref, Faverges, qui avait charge de cette âme par trop vaillante, était fort entrepris d'empêcher qu'elle ne fût envoyée sans rime ni raison dans un monde meilleur.
« L'occasion de risquer sa vie plus utilement ne devait, d'ailleurs, pas beaucoup tarder.
« M. le Dauphin arrivait à Port-Sainte-Marie dans les premiers jours d'août. Nous allâmes à sa rencontre jusqu'à Xérès, pour de là escorter sa voiture jusqu'à Porto Reale. De ma vie, je n'ai fait pareille corvée. Une poussière effroyable empêchait qu'on vît à deux pas de soi. Nos innombrables chevaux autour de la calèche roulaient, à la lettre, les uns sur les autres, comme un troupeau de moutons.
u M. le duc d'Angoulême nous arrivait tout frais émoulu, et ému, je dois le dire, de sa fameuse ordonnance d'Andujar. La réaction, par trop royaliste, rendait cette ordonnance bien nécessaire. On ne peut imaginer ce qu'on s'assassinait, ce qu'on se pillait, ce qu'on se brûlait au nom et pour la plus grande gloire du rey neto et de la sainte Inquisition.
« En prenant nos malheureux vaincus sous sa pro-