‹ Prologue d'un règneChapitre 130 sur 177 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tection, M.leducd'Angoulêmeafait acte degrandcceur et de sage politique. Mais qu'en arrivera-t-il (1)? » se demandait Sylvain, non sans quelque inquiétude.

Hélas! il en arriva ce qu'il en devait arriver sous ces terribles latitudes espagnoles, où tout est brûlant, l'amour comme la haine. L'ordonnance d'Andujar exaspéra l'opinion royaliste du nord au sud de la Péninsule; et cette exaspération gagnant de proche en proche, grâce aux bons soins de M. de Metternich, toutes les chancelleries de l'Europe, l'Europe ne vit plus dans M. le duc d'Angoulême qu'un révolutionnaire.

Ne fallait-il pas l'être pour oser écrire « que le plus cher désir de Louis XVIII était de voir le Roi prisonnier accorder une amnistie nécessaire après tant de troubles, et donner à ses peuples, par la convocation des anciennes Cortès, des garanties d'ordre, de justice et de bonne administration »?

Le post-scriptum de cette lettre, envoyée par le duc d'Angoulême dès son arrivée devant Cadix, aurait dû pourtant rassurer la Sainte-Alliance.

« Si dans cinq jours, disait le généralissime, je n'ai pas reçu une réponse satisfaisante; si dans cinq jours

(1) Voici le texte de cette fameuse ordonnance :

i° Les autorités espagnoles ne pourront faire aucune arrestation sans l'autorisation du commandant de nos troupes dans l'arrondissement où elles se trouvent.

2° Les commandants de nos armées feront élargir tous ceux qui ont été arrêtés arbitrairement et par des motifs politiques.

3° Tous les journaux et journalistes sont placés sous la surveillance des commandants de nos troupes.

2ôO LA JEUNESSE DU ROI CHARLES-ALBERT.

le roi d'Espagne n'est pas en liberté, j'aurai recours à la force pour le délivrer. »

Mais voyez à quoi aboutissaient promesses et menaces. Ferdinand répondait le lendemain « que par une circonstance assez extraordinaire cette ouverture était la première qui lui eût été faite depuis le moment où les troupes françaises avaient envahi son royaume».

Il ajoutait : « ...que jamais il n'avait été prisonnier; que le plus sûr moyen de lui rendre sa liberté était de laisser le peuple espagnol en possession de la sienne... et que si jamais, sous le prétexte insinué par le généralissime, on recourait à la force, le sang versé retomberait sur celui qui, au mépris de tous les droits, avait envahi l'Espagne... (a). »

Une si solennelle déclaration se terminait par quelques phrases plus sonores encore; et Ferdinand, après avoir signé : Moi le Roy, retournait aux cerfsvolants de toutes couleurs (i) dont il s'amusait pendant que M. le duc d'Angoulème donnait ses derniers ordres pour l'attaque du Trocadéro.

Le 2 5 août, les tranchées françaises avaient été poussées jusqu'à quarante mètres des ouvrages ennemis. « Ceux-ci étaient très curieusement formés de vieilles futailles, empilées les unes sur les autres, bien liées et cimentées avec du sable battu. Mais enfin, disait Sylvain, content de sa description, si l'ennemi était prêt à nous repousser, nous l'étions aussi, grâce à Dieu, pour lui donner l'assaut... »

(i) Vaulabelle, Histoire de la Restauration.

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