‹ Prologue d'un règneChapitre 13 sur 177 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

paisibles. Don Botta, le confesseur, l'exaspérait avec l'éternel trictrac, où la malheureuse reine voyait chaque jour s'engloutir, à la même heure, les résolutions fortes, les calculs habiles, les volontés inébranlables qu'elle croyait avoir suggérés.

A une femme de cette trempe peu importaient les tendresses passionnées de son mari, les caresses de ses filles. Ce qu'elle voulait, c'est que ce mari fût roi, que ces enfants fussent reines ou impératrices.

Toujours déçue, cependant, depuis quatorze ans d'exil, l'espérance même s'évanouissait devant Marie- Thérèse, quand tout à coup sa politique désespérée croisa celle de M. de Metternich.

La rencontre était heureuse, doublement heureuse, car aussi bien que les ambitions de la Reine, les ambitions de son frère M. le duc de Modène (/), qu'elle adorait, pouvaient y trouver une couronne.

Mais peut-être faut-il pendant quelques instants quitter Cagliari pour Vienne. Nous y rencontrerons le chancelier prêt à reprendre, contre la maison de Savoie, les odieuses menées de ses prédécesseurs.

L'année 1812 commençait. Une restauration universelle devait, dans les calculs du prince de Metternich, suivre immédiatement la chute prochaine deNa-

poléon. L'Autriche alors retrouverait son Milanais. Mais une autre ambition hantait le grand ministre. Il rêvait de reculer la frontière autrichienne jusqu'aux Alpes. C'était cette même politique dont M. de Vins i) fut l'instrument et Victor-Amédée III la victime, pendant la longue guerre qui avait abouti à l'armistice de Cherasco.

L'extinction de la branche aînée de Savoie entrait comme une chance heureuse dans les calculs du politique autrichien. Il ne voyait que l'ombre chétive du prince de Carignan entre le rêve qu'il caressait et sa réalisation.

Que valent, en effet, les droits du plus faible?... Ce que vaut l'intérêt du plus fort à les respecter ou à les méconnaître. L'implacable duel qui, pendant vingt années, va mettre Charles- Albert aux prises avecMetternich le prouvera.

Le chancelier voulut dès les premières passes prendre M. le duc de Modène pour second; personne mieux que ce prince, moitié Allemand et moitié Italien, ne pouvait incarner la politique allemande et italienne que l'Autriche entendait inaugurer dans la Péninsule. François IV se trouvait d'ailleurs dans les conditions morales et matérielles à pouvoir tout risquer.

Depuis le traité de Campo-Formio, il faisait revivre à Vienne la légende de Jean Sans terre. Proscrit et

(i' Le général de Vins avait commandé l'armée austro-sarde ie 1792 à 1706.

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