‹ Prologue d'un règneChapitre 14 sur 177 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ruiné, sans autre appui, sans autre affection que sa mère l'archiduchesse Béatrix et que sa sœur la reine de Sardaigne, François IV n'en rêvait pas moins d'une brillante fortune. Après l'avoir longtemps rêvée, il croyait la saisir enfin, avec la main de sa cousine l'archiduchesse Marie-Louise, quand M. de Metternich en avait autrement disposé, on sait en faveur de qui.

Ce jour-là, M. de Modène, exaspéré de voir Napoléon lui prendre sa femme, après lui avoir pris ses Etats, plus exaspéré encore de la mauvaise foi du chancelier dans toute cette affaire, quittait PAutriche, à cheval, seul, et comme un fou, dit-on. De Pesth, il avait été à Constantinople, de là à Malte, puis à Rome; de proche en proche il avait fini par faire le tour de l'Europe.

Au bout de deux ans cependant sa bourse vide le ramenait à Vienne. M. de Metternich l'y attendait paisiblement pour lui donner le baiser de paix et l'associer à ses desseins.

Il s'agissait précisément alors d'organiser, du nord au midi de l'Italie, un soulèvement contre Napoléon. Il s'agissait de donner à ce soulèvement un chef allemand, mais assez inféodé cependant aux destinées de l'Italie pour pouvoir y lever une armée nationale.

Le duc de Modène était l'homme qui remplissait le mieux ces deux conditions. M. de Metternich, cependant, avait pensé que pour donner à François IV un point d'appui plus solide encore, il serait habile de lui faire épouser la fille aînée du roi de Sardaigne. C'était là un mariage presque ridicule. La princesse

avait vingt ans, son oncle frisait la quarantaine. Mais lorsque l'amour se mêle de politique, il ne regarde pas à quelques cheveux gris.

Une circonstance heureuse facilitait d'ailleurs la tâche que s'imposait le chancelier. Lors du traité de Londres, qui en 171 5 avait réglé l'échange de la Sicile contre la Sardaigne, personne n'avait parlé de loi salique. lien résultait que l'île échappait à cette législation gênante. M. de Metternich tirait de ces prémisses les plus alléchantes conclusions. Il laissait entendre à François IV et au chevalier Ganières, ambassadeur de Victor-Emmanuel à Vienne, combien il serait facile, quand on referait l'Europe, d'étendre au royaume tout entier la constitution spéciale qui régissait l'île. La morale d'un tel discours était claire. C'était pour François IV un trône en perspective s'il épousait sa nièce. C'était pour l'ambitieuse Autrichienne qui régnait à Cagliari la réalisation de ses plus chers désirs. Car, je l'ai dit, Marie-Thérèse ne pouvait se consoler de voir ses filles déshéritées au profit du prince de Carignan, « ce petit coureur de grands chemins... », comme elle disait.

Le mot suffit à traduire l'enthousiasme qui accueillit à Cagliari le projet de M. de Metternich.

Pour la première fois de sa vie peut-être, Marie- Thérèse se fit auprès de son époux humble et caressante; car d'instinct le vieux sang de Savoie se prenait à bouillonner à l'idée de ce mariage. Pour le calmer, il fallut persuader Victor-Emmanuel qu'il y aurait des coups de fusil au bout de l'aventure.

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