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CHAPITRE X

« Le 3o, à la pointe du jour, nos batteries engagèrent une canonnade violente; mais c'était là seulement un prélude. Les violons s'accordaient, comme disait Faverges. »

L'assaut était résolu pour la nuit du 3o au 3i août, et les ordres avaient été donnés en conséquence. Quatorze compagnies, empruntées aux 3e, 6e et 7e régiments de la garde, formaient la colonne d'attaque sous le commandement du général Gougeon. Cette première colonne devait être soutenue par cent sapeurs du génie, une compagnie d'artilleurs et par les troisièmes bataillons du 34e et du 36e de ligne, placés sous les ordres du major général comte des Cars. La réserve enfin, menée par le lieutenant général Obert, qui avait en même temps la direction supérieure de l'opération, se composait de trois bataillons de la garde et du 34" régiment de ligne.

« Le 3i août, à huit heures du soir, raconte Sylvain, nous quittions Porto-Santa- Maria pour nous rendre à Porto Reale, où se trouvaient le prince généralissime et tous les états-majors. Mon prince, qui avait obtenu de faire partie de l'expédition, allait occuper son poste à la tranchée.

« Des deux côtés le feu avait cessé, la nuit était sombre; dans le lointain, vers le Trocadéro, on enten-

dait le pas des sentinelles qui veillaient sur le sommeil de leurs camarades, car on dormait au camp espagnol, à l'abri de la marée, qui rendait la coupure infranchissable, du moins on le croyait.

« Dans les parallèles, c'était le même silence.

(( Je ne crois pas qu'il y ait jamais eu spectacle plus grandiose que celui de ces trois ou quatre mille hommes immobiles dans la tranchée. Lorsque nous y entrâmes avec mon prince, Faverges et Isasca, nous aurions pu croire que nous descendions dans quelque nécropole de héros.

« Le capitaine Bornes du grand état-major, le capitaine Petit-Jean du 36" de ligne, le lieutenant Grooters du 34e et le caporal du génie Hue avaient été la veille, au péril de leur vie, reconnaître la profondeur de l'eau dans la coupure ou cortadura, comme on disait làbas. Ils avaient été unanimes à rapporter que, grâce au reflux, le canal serait guéable vers une heure du matin.

« C'était donc pour une heure que l'ordre d'attaque avait été donné.

« Une heure sonne enfin; toutes nos batteries éclatent, tous nos régiments bondissent hors de la tranchée. Il nous faut traverser au pas de course et à découvert les quarante toises qui séparent la tranchée du canal. L'eau y est plus profonde qu'on ne l'avait supposé. Parmi nos hommes, les plus grands en ont au moins jusqu'aux épaules.

« Au premier signal, mon prince se précipite pour suivre le mouvement; vainement Faverges lui défend

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