CHAPITRE X
aussitôt fut donné d'attaquer le petit village Saint- Louis, où, comme je l'ai dit, l'ennemi s'était réfugié. Le 3oe de ligne, enlevé par le général Falincourt, y courut, jetant ses hommes à droite et à gauche pour entourer la place. Mais on avait compté sans les marais, où les deux tiers des soldats s'embourbèrent. En même temps, sous prétexte de nous appuyer, les batteries retournées du Trocadéro nous tuaient assez maladroitement du monde. Un dernier effort enfin nous rendit maîtres du village. Sept ou huit cents Espagnols y furent pris, pendant que quelques-uns seulement réussissaient à s'échapper sur de petites barques. Nous trouvâmes sur la place du village deux canons chargés que mon prince retourna, pointa et tira lui-même sur une des embarcations qui fuyaient. Il eut la bonne fortune de la toucher. A huit heures du matin, tout était fini.
« Cette dernière affaire nous coûta plus cher que la première, mais rien ne peut dire l'admirable entrain que montrèrent nos troupes. Les blessés eux-mêmes, en passant devant le duc d'Angoulême, s'époumonaient à crier : Vive le Roi!
u Le prince généralissime voulut, le lendemain, distribuer ses récompenses sur le champ de bataille même. Il donna au prince de Carignan sa propre croix de Saint-Louis. Si flatteuse que fût la distinction, elle ne valut pas cependant la démarche que les grenadiers du 3e et du 6e régiment de la garde firent spontanément auprès de Monseigneur. Ils l'avaient vu si brave, ils avaient été si contents de lui, pen-
dant toute l'aventure, qu'ils vinrent lui offrir les épaulettes de l'un des leurs tué la veille. Ils lui dirent, en les lui remettant, qu'il était digne de remplacer leur camarade. »
Ce fut le capitaine Gaillard qui présenta ces braves gens au prince, et cette petite scène, qui, au dire de Sylvain, amusa toute l'armée, se trouve reproduite dans un tableau que l'on voyait jadis chez madame la duchesse de Berry, à Venise.
Derrière Charles-Albert, qui s'avance au-devant des grenadiers, se groupent le comte des Cars, le vicomte de la Hitte, le marquis de Barbançois, Faverges, Isasca et Sylvain, celui-ci tête nue, les mains derrière le dos. Dans le fond, une division présente les armes; sur la gauche, on voit M. le duc d'Angoulême avec son état-major; puis enfin, dans le fond, se distinguent la mer et les murs de Cadix.
Mais pourquoi fallait-il que le mauvais génie du prince de Carignan fût là aussi embusqué derrière quelque canon?
M. de Metternich commença par trouver ridicules les grenadiers et leurs épaulettes. Il finit par se fâcher lorsqu'il vit Louis XVIII et la France entière prendre au sérieux ce qu'il appelait une plaisanterie.
« Le roi de France, dit-il rudement à Pralormo,