CHAPITRE X. 28g
avaient leur pudeur, et n'entendaient céder qu'à la force.
Sylvain, qui n'était pas dans le secret d'Ouvrard, raconte que Ton prépara tout à coup, à Tétonnement de chacun, une descente dans Pile de Léon.
« Des bateaux furent frétés pour y jeter des troupes. Elles devaient être sous les ordres du lieutenant général comte de Bourmont. Comme toujours, mon prince voulut être de Texpédition. Nous fûmes donc embarqués à Rotta sur le vaisseau commandé parle contre-amiral Duperré. Nous avions avec nous fort bonne compagnie de volontaires. Il y avait là, entre autres, le duc de Guiche, menin de Mgr le Dauphin, et le colonel Boutourlin, commissaire russe à Parmée française.
« Nous montions le Colosse, vaisseau de soixantedix canons, et nous commencions à mettre nos chaloupes à la mer, quand nous vîmes l'ennemi arborer le drapeau blanc... Quelques instants après, un aide de camp de M. le duc d'Angoulême venait nous dire que le Roi prisonnier était attendu à Porto-Santa-Maria,et que le généralissime mandait mon prince pour assister à la réception de Ferdinand. »
Voici ce qui s'était passé :
La démonstration faite par le Colosse et par les chaloupes canonnières avait suffi pour sauver les apparences et masquer de quelque décence les négociations conduites par Ouvrard.
Soixante voix contre trente avaient aux Cortès, sur la proposition du ministre Calatrava, voté une résolu-
tion (( portant que l'autorité absolue serait rendue au Roi, et qu'une députation, accompagnée de tous les ministres, le supplierait de traiter de la paix avec le quartier général français ».
Ferdinand avait aussitôt dépéché un de ses aides de camp à M. le duc d'Angoulême pour lui apprendre ce qui se passait et lui annoncer son arrivée prochaine.
« Mais voilà que le Roi ne vient plus, écrivait Sylvain. C'est encore un jeu de ces maudites Cortès. Tout est prêt heureusement. Le temps est beau, et je pense que nous allons donner le coup de collier final. ))
A la nouvelle d'une capitulation possible, les milices de Séville et de Cadix, qui n'avaient pas eu leur part des millions envoyés par Ouvrard, s'étaient mutinées et avaient obligé Ferdinand à jurer une fois encore qu'il s'enterrerait sous les ruines de Cadix.
On avait donc vu arriver au camp français le général Alava à la place du Roi. Alava apportait une lettre par laquelle Ferdinand assurait qu'il jouissait à Cadix de toute sa liberté et qu'il entendait imposer ses conditions ! Le prince généralissime répondit à cette absurde mise en demeure qu'il n'admettait pas d'autre alternative qu'un assaut immédiat ou une capitulation sans conditions.
Alava retourna à Cadix, porteur de cet ultimatum.
Quelques heures se passent, et tout à coup le drapeau blanc reparaît sur les murs de la ville.
Un dernier pronunciamiento permettait à Sylvain d'écrire :
« Je t'ai dit que le Roi venait, puis qu'il ne venait