CHAPITRE X
pas, que nos opérations contre Cadix allaient commencer, qu'elles étaient suspendues, puis qu'elles allaient reprendre; aujourd'hui de tout cela il n'y a plus rien de vrai, ou plutôt tout est vrai. Ferdinand s'annonce pour tout à l'heure. On a fait son logement à Santa-Maria. Sa bouche arrive. Après toutes ces alternances, je ne croirai cependant à la nouvelle que lorsque j'aurai touché de mes dix doigts Sa Majesté. Jusque-là ma lettre restera ouverte.
« 1 heure. — Evviva ! le Roi, la Reine, accompagnés d'une cour nombreuse, sont débarqués ici à onze heures. »
Après une dernière proclamation faite pour tromper tous les partis, Ferdinand s'était, en effet, embarqué sur une chaloupe portant pavillon royal d'Espagne, et dont l'amiral Valdès tenait le gouvernail.
L'équipage était vêtu de blanc, avec des bérets et des ceintures rouges. Vingt autres barques suivaient, ayant à bord la famille royale et toute la maison du Roi.
Entouré de son état-major et de la garde, le duc d'Angoulême attendait sur le môle. Par derrière, toute l'armée était rangée en amphithéâtre sur les collines. Les canons des forts et de l'escadre saluaient de salves répétées.
La barque royale touche enfin le port; M. le duc d'Angoulême s'avance et plie le genou devant son royal parent; Ferdinand le relève avec bonté et l'embrasse.
« Ce fut un beau jour que celui-là pour M. le duc
d'Angoulème, raconte Sylvain, et un beau jour aussi pour mon prince, à qui le Roi fit aussi grand accueil. Les premières effusions passées, tout ce beau monde monta dans les carrosses du munitionnaire Ouvrard que Ton avait tant bien que mal drapés pour la circonstance, et enjolivés de galons d'or faux.
« Sur le passage du Roi, que M. le duc d'Angoulème escortait à cheval, la foule semblait ivre de joie et de fureur. Les cris d'amour et de mort alternaient.
« Ce fut bien pis encore quand Ferdinand eut pris possession de la maison qui lui avait été préparée. Les vivat obligeaient le pauvre Sire à paraître et à reparaître sur son balcon. Comme il faisait une chaleur étouffante, il venait là en bras de chemise avec un long cigare dans la bouche.
« Le Roi m'a paru gros et d'une belle figure bourbonienne. La Reine, une princesse de Saxe, sœur de la grande-duchesse de Toscane, avait encore de la beauté, avec l'air souffrant. De mes jours, par exemple, je n'ai vu homme plus laid que don Carlos, le frère cadet du Roi. Petit, blafard, roux, il avait un râtelier de dents postiches qui lui sortaient de la bouche de façon extravagante. Quant à sa femme, qui est, je crois, une princesse de Portugal, je la trouvai sèche, maigre et noire comme un pruneau. Ses yeux seulement étaient très beaux. On la donnait comme ayant une indomptable humeur. Don Francesco de Paul, l'autre frère, m'a paru de taille moyenne, assez gras et infiniment commun.
1 Toute cette famille royale s'embarqua le lende-