‹ Prologue d'un règneChapitre 137 sur 177 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

main pour Séville, avec une suite énorme, où brillaient trente-huit cuisiniers.

a Pour nous, le rideau se baissait, en même temps que disparaissait le dernier de ces marmitons que nous étions venus délivrer. »

Sylvain, à en juger par ce vilain mot, triomphait en sceptique. C'est que le pauvre homme avait toujours compris autrement la royauté. Grâce à Dieu, son prince aussi la comprenait autrement.

« Notre campagne paraît terminée, écrivait Charles- Albert à Sonnaz, et nous nous dirigeons à pas de troupe vers la chère France. Ce n'est pas une manière très agréable de voyager, mais pourtant j'en suis enchanté, pouvant ainsi rester davantage avec le duc d'Angoulême...

« Le Seigneur a daigné m'envoyer quelques circonstances heureuses où j'ai pu montrer ce que j'étais. J'aime à espérer que, puisqu'il tient entre ses mains celles (les circonstances) heureuses et celles adverses, il continuera à m'envoyer les premières. Enfin, que sa sainte volonté se fasse, en tout et partout.

« J'ai été treize fois au feu, entre grandes et petites occasions. Je fus embarqué et risquai de me noyer. J'ai manqué sauter avec un parc d'artillerie. Je ne cessai de courir et d'arpenter le terrain jour et nuit en cherchant les occasions de me montrer. Enfin, je reçus la croix d'honneur pour une action et la croix de Saint-Louis sur le champ de bataille, sans compter les épaulettes que les grenadiers m'apportèrent devant le duc d'Angoulême et toutes les divisions réunies.

a Voilà, mon cher ami, ce qui m'est arrivé pendant ces cinq mois. Je ne dois pas oublier de vous dire que le roi d'Espagne et toute sa famille ont été parfaits pour moi, qu'ils ont fait des éloges publics de mon pauvre individu, et que, tous les jours, je remercie davantage Dieu des motifs de consolation qu'il me donne. »

Si grandes fussent ces consolations, elles avaient cependant leur bien douloureux contrepoids. Charles- Félix s'était refusé à ce que la vaillante conduite du prince fût connue en Piémont, il s'y était refusé au point de donner Tordre à la Galette de Turin d'avoir à supprimer le nom de Charles-Albert dans les bulletins français qu'elle pourrait transcrire.

Mais voyez combien tout ce qui touchait au prince intéressait l'Europe.

Pralormo, le ministre sarde à Vienne, écrivait (i) aussitôt que cette suppression avait donné lieu aux plus vives protestations de la part de l'ambassadeur de France, marquis de la Tour du Pin. M. de Metternich lui-même réclamait : « Comment, disait le chancelier, le roi Charles-Félix se refuse-t-il aux con-

(i) 18 octobre.

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