‹ Prologue d'un règneChapitre 138 sur 177 · CHAPITRE X. 2qD · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 2qD

séquences de la permission qu'il a donnée au prince de se rendre en Espagne pour se réhabiliter? Comment concilier cette conduite mystérieuse avec les explications franches et positives que le Roi, il y a quelques mois, fournissait aux alliés? »

Tel était le sens, sinon le texte même, de la dépêche que Pralormo adressait au ministre des affaires étrangères à Turin, et Pralormo y ajoutait, à titre d'observations personnelles, ces quelques lignes que je transcris exactement :

u Les malveillants, qui aiment à dénigrer les actions des souverains, ont pris texte de là pour dire que le silence que l'on voulait garder chez nous sur le prince cachait des arrière-vues; qu'en l'envoyant en Espagne, on n'avait voulu que l'éloigner du pays, gagner du temps, mais non lui préparer le chemin pour y rentrer avec gloire; qu'on ne voulait que le faire oublier, pour le maintenir ensuite dans l'état d'humiliation dans lequel on l'avait tenu jusqu'à présent. »

Or, si tel avait été le plan du roi Charles-Félix, ce plan contrevenait absolument aux vues adoptées désormais par le cabinet autrichien. Hisser le prince de Carignan sur le pavois était amer sans doute pour M. de Metternich, mais dissimuler la brillante conduite qu'avait eue Charles-Albert en Espagne, c'était perdre l'occasion de le compromettre vis-à-vis de la Révolution.

« Plus le Roi, disait M. de Metternich à Pralormo, a été libre dans ses actions, actions que les puissances alliées n'ont cherché ni à connaître ni à diriger pré-

maturément, plus celles-ci ont le droit d'exiger toutes les conséquences d'un parti que le Roi a adopté dans sa haute sagesse...

« L'Empereur ne pourrait, sans compromettre la tranquillité de ses Etats, laisser dans Pavenir du Piémont des semences d'inquiétude et de trouble. Il est bien décidé à ne pas le permettre ( 1 ) . . . »

Entre temps, et sans soupçonner Péchange de notes dont il était le prétexte, le prince de Carignan reprenait le chemin de France, et Sylvain sa plume de chroniqueur.

« A Alcala de Guadiana, Monseigneur et Son Altesse Royale le duc dAngoulême montèrent en voiture pour aller faire une visite à Leurs Majestés le roi et la reine d'Espagne, qui étaient alors établis à Séville. Nous fûmes de la partie, et charmés d'en être. Je n'ai de ma vie rien vu qui puisse être comparé à la cathédrale et au palais de la Compagnie des Indes. Je n'en dirai pas autant de Pauberge où nous faillîmes loger et dîner. Heureusement, un fort bienfaisant seigneur nous arracha au premier de ces dangers en nous installant chez lui, tandis que Ferdinand VII pourvoyait à notre pain quotidien.

« Du palais nous arriva un immense et splendide dîner suivi, quelques heures plus tard, d'un souper non moins énorme et non moins excellent.

« Le soir, il y eut illumination universelle; les por-

(1) Dépêche du comte Pralormo au comte de La Tour. Vienne, 20 août 1823.

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