‹ Prologue d'un règneChapitre 141 sur 177 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

J'attends mon astre. — Le marquis Alfieri di Sostegno. — Le plat du roi Louis XVIII. — Fêtes a l'Hôtel de ville. — M. le duc d'Orléans et madame la duchesse de Berry. — Incertitudes de Charles-Albert. — Attitude malveillante du prince de Metternich. — Dépêches de l'ambassadeur sarde à Vienne. — Portrait de Charles-Albert. — Retour offensif des révolutionnaires piémontais. — Le Ier janvier aux Tuileries. — Le duc de Bordeaux. — Mort du roi Victor-Emmanuel. — Nouvelles dépêches du comte Pralormo. — Le prince de Metternich exige l'exécution du projet de Vérone. — Charles- Albert y souscrit. — Il quitte Paris. — Son arrivée à Turin. — Dernière lettre au duc deBlacas. — Piagnoni et Arrabbiati.

On était, à Paris, ivre de joie et d'orgueil. Toutes les victoires impériales se trouvaient effacées par la victoire de M. le duc d'Angoulême.

« ...Enjamber les Espagnes, s'écriait M. de Chateaubriand éperdu de son triomphe; réussir là où Bonaparte avait échoué, vaincre sur le sol même où les armées de l'homme fatidique avaient eu des revers, faire en six mois ce qu'il n'avait pu faire en sept années, c'était un véritable prodige. »

Peut-être était-ce un prodige, mais c'était un prodige qui, pour la Restauration, devait rappeler les belles lueurs du couchant. L'étoile des Bourbons allait

3û4 LA JEUNESSE DU ROI CHARLES-ALBERT.

disparaître, dans ce nuage tout empourpré de gloire d'où jaillissait enfin l'astre des Carignan.

Que dès longtemps, parmi les humiliations et les douleurs de sa jeunesse, Charles-Albert l'avait cherché à l'horizon ! « J'attends mon astre ». fut sa devise. Là, sur ma table, s'étalent ses lettres ; elles révèlent l'âme la plus blessée, la plus déçue, peut-être, de ce siècle, et cependant, toutes, ou presque toutes sont timbrées de ce cri d'espérance : « J'attends mon astre », jeté comme un défi à la fatalité. Hélas! elle s'en vengera lorsque, à son tour, elle écrira d'un doigt moqueur : a J'attends mon astre », sur les panneaux de la voiture qui entraînera le Roi vaincu vers Oporto.

Mais, entre le Trocadéro et Novare, il y avait encore, pour Charles-Albert, une étape de vingtquatre années à franchir. Il semblait qu'il pût espérer moins de tristesses pour cette seconde moitié de sa vie. On l'a dit : « Les espérances sont des oiseaux que le moindre bonheur fait chanter. » Fêté, entouré d'hommages, le prince de Carignan écrivait à son fidèle Sonnaz :

« ...J'ai à vous faire de forts reproches de ce que vous me dites que, durant le cours de cette campagne, vous avez été furieusement loin de mon esprit. Vous avez été non seulement présent à mon esprit, mais même à mon cœur. Je ne suis pas un de ces hommes qui changent suivant les circonstances. La seule différence qu'il pourrait y avoir, ce serait que j'aime beaucoup plus maintenant vous dire que je vous aime, et que je dési-

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