CHAPITRE XI. 3û
rerai beaucoup plus trouver les occasions de vous le prouver, parce que je suis heureux suivant le monde. Tandis que j'étais dans le malheur, je vous avoue que je ne vous exprimais pas à vous et à d'autres mes sentiments sans répugnance. Je n'ai jamais rien demandée personne, pas même des consolations; mais maintenant que tout paraît aller bien, j'éprouve une vraie satisfaction à vous assurer de toute mon affection. Quant à ce qui pouvait m'arriver d'heureux, j'aimais mieux que vous l'apprissiez par d'autres que par moi. Vous devez bien me connaître; mais, enfin, je ne vous garde aucune espèce de rancune, et sur cela, je vous embrasse de tout mon cœur.
« Le roi Charles- Félix a été fort aimable pour moi et m'a, entre autres choses agréables, permis de porter la croix de la Légion d'honneur, ce qui m'a fait grand plaisir. Je ne puis assez vous répéter combien le duc d'Angoulême est bon, et parfait à mon égard; c'est vraiment incroyable. Aussi suis-je enchanté d'être venu à Paris, pour exprimer ma reconnaissance à toute la famille royale, car ils m'ont tous donné de bien grandes et touchantes preuves d'intérêt. »
C'était dans les premiers jours de décembre que le prince, par bonté pour Isasca et pour Sylvain, tout moulus de leur chute, avait fait à franc étrier son entrée dans Paris. Le marquis Alfieri l'attendait sur le seuil de l'hôtel. Alfieri était encore un de ces serviteurs tels qu'en avait jadis la maison de Savoie. Depuis douze ans qu'il la représentait à Paris, jamais
3o6 LA JEUNESSE DU ROI CHARLES-ALBERT.
on n'avait vu l'ambassadeur plus affairé. Il s'informe, il avise, il prévoit tout, il pourvoit à tout.
« Enfin voilà ma dernière lettre, mon cher marquis, écrivait-il à Faverges, le 29 novembre; je vois avec plaisir que bientôt il ne sera plus nécessaire d'envoyer aux colonnes d'Hercule pour avoir de vos nouvelles, et qu'on ne devra plus les attendre avec anxiété.
« C'est à l'hôtel de Paris, rue de Rivoli, que j'ai arrêté un logement pour Son Altesse Sérénissime et les personnes qui viendront avec elle. J'espère que Ton ne s'y trouvera pas trop mal. Il est si difficile de rencontrer tous les agréments réunis! Les plus grands inconvénients ici seront une cour trop petite, un escalier médiocre et l'impossibilité de loger tous au même étage. Mais j'ai passé outre, pensant que les campements d'Espagne ne vous auront pas rendus difficiles. Le prince est logé fort convenablement, et c'était là l'important. Le prix est d'environ 14 ou i,5oo francs par mois.
« J'ai arrêté, de plus, un valet de pied savoyard, nommé Besson, pour qu'on ait d'abord une personne sur qui compter. Je n'ai pris aucun engagement pour la table, non plus que pour les équipages, dont je vais m'occuper (1). »
Dans une autre lettre, il s'agissait d'uniformes, de boutons, de broderies, de mille détails enfin, auxquels
(1) Archives de Faverg&s.