‹ Prologue d'un règneChapitre 145 sur 177 · CHAPITRE XI. 3 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 3 I

politesses dont nous avions les éclaboussures. Le jour, par exemple, où, pour la première fois, M. le duc d'Orléans vint voir mon prince, les gentilshommes de sa suite, demeurés avec nous dans un premier salon, crurent devoir nous parler avec quelque compassion de la campagne que nous venions de faire. Ils virent bien vite qu'ils enfilaient une fausse route, mais cela nous donna l'éveil, d'autant plus que Monseigneur nous dit avoir eu à répondre aux mêmes ouvertures. »

Le journal de Sylvain passe ici, sans transition, de M. le duc d'Orléans à madame la duchesse de Berry. En eût-il été de même six ans plus tard? Six ans plus tard Charles-Félix ne voulut pas permettre au prince de Carignan de courir en aide à celle qui avait fait sur son cœur une si vive impression. Mais quand vinrent, en i832, les héroïques tentatives de Vendée, Charles-Albert était devenu roi, et seconda l'entreprise de son argent et de ses conseils.

Plus d'une lettre en témoigne, que je pourrais transcrire pour justifier Sylvain lorsqu'il disait :

« Il n'était personne que mon prince comparât à madame la duchesse de Berry pour le charme qu'il trouvait auprès d'elle. Les petits bals qu'elle donnait, ou, pour mieux dire, que donnait madame la duchesse de Gontaut, gouvernante des enfants de France, étaient parfaitement agréables et élégants. On y allait en frac et en culotte courte. L'étiquette n'y était nullement sévère. Tous les princes et princesses s'y montraient d'une amabilité parfaite. On y complotait mille parties, dont mon prince était presque toujours.

« Tantôt on chassait à Versailles, tantôt au bois de Boulogne, tantôt à Rambouillet. Je me souviens qu'un matin, où nous devions chasser au bois de Boulogne et où le temps était couvert, et par conséquent le départ fort indécis, M. le comte d'Artois, prenant Monseigneur sous le bras, s'approcha avec lui d'une fenêtre et lui dit, après un moment d'observation : — Je vois que Superga a ôté son chapeau, nous pouvons partir. C'est là une locution populaire à Turin, pour indiquer qu'il fera beau, car, en effet, lorsque le ciel est clair sur la colline de Superga, le temps est assuré. Ce propos aimable fut vivement senti par le prince, à qui il rappelait son pays. »

Hélas! il lui rappelait en même temps que les défiances là-bas n'avaient pas désarmé.

Le mutisme du roi Charles-Félix devenait de plus en plus inquiétant :

« Mon très cher Sonnaz, écrivait Charles-Albert le 9 décembre, j'ai reçu, à mon arrivée à Paris, la lettre que vous m'y aviez adressée; puis j'ai reçu la seconde que l'on m'a remise hier; toutes deux m'ont procuré le plus grand plaisir, mais vous étiez persuadé que je trouverais ici une décision sur mon sort, et qu'enfin ma vie errante allait prendre une autre direction. Nous sommes loin de là, loin, loin, loin... Pas le plus petit mot; j'ignore absolument ce que le Roi veut que je devienne... «

La situation faite au prince devenait d'autant plus cruelle que son fils Ferdinand était dangereusement malade.

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