‹ Prologue d'un règneChapitre 146 sur 177 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« ...Vous ne pouvez vous figurer tout le plaisir que vous m'avez fait, continue Charles-Albert, en m 'envoyant les nouvelles que vous aviez de mon pauvre petit Ferdinand, car ce sont les premières consolantes qui me furent remises, et j'avoue que j'étais tourmenté de la plus grande inquiétude et du plus noir chagrin. J'ai une peur terrible que la princesse ne vienne à souffrir de toutes les peines qu'elle a éprouvées à cause de cet enfant. Il y a plusieurs jours que je n'ai plus de ses lettres, ce qui me peine beaucoup... »

Un malheur, en effet, n'arrivait jamais seul pour traverser sa vie.

L'intérêt que la cour et la ville témoignaient à M. le prince de Carignan était aussi désagréable à Turin qu'il pouvait l'être à Vienne. Quoi qu'il eût fait pour se racheter, Charles-Albert n'était pardonné ni du roi Charles- Félix, ni surtout de M. de Metternich.

« ...J'apprends, écrivait Pralormo au ministre des affaires étrangères, comte de La Tour, quelques semaines déjà avant l'arrivée du prince à Paris, j'apprends par une voie sûre que la France attend avec impatience le moment de la mise en liberté du roi Ferdinand, pour adresser à notre auguste maître la demande formelle de la rentrée du prince de Carignan en Piémont. Je ne serais pas surpris que la France s'adressât en même temps aux hauts alliés pour une démarche combinée et simultanée dans ce sens...

« ...Ce n'est pas à Votre Excellence que je me permettrais d'indiquer le mode avec lequel on pourrait parer le coup. Cependant, pour ce qui regarde la cour

près de laquelle je réside, je ne doute pas que le moyen le plus infaillible serait une communication franche et entière des intentions du Roi (i)... »

En d'autres termes, on s'arrogeait, en Autriche, le droit de prononcer en dernier ressort sur le prince de Carignan. Dieu sait pourtant si son attitude, en 1824, était pour inquiéter.

Malgré ses succès à Paris, le malheureux prince se retrouvait aux prises avec les incurables tristesses d'autrefois. A peine la guerre y avait fait diversion, « Je ne demande, disait-il à Sonnaz, qu'à rester ici le moins longtemps possible, aimant moins que jamais les fêtes et désirant fort aller trouver ma femme et mes enfants dans n'importe quelle partie du monde que ce soit...

« J'ai tellement de visites, ajoutait-il avec lassitude, qu'il m'a été impossible, l'autre jour, de continuer ma misérable épître. On dit à ma porte que je n'y suis pas; mais, malgré cela, soit pour une raison, soit pour une autre, je dois voir une immensité de personnes et faire une foule de visites. J'ai des invitations à dîner pour tous les jours du mois ; je me suis trouvé ici une foule

(1) Dépêche citée par Nicomède Bianchi, Curiosità è ricerche.

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