CHAPITRE XI
principaux personnages que nous avions rencontrés en Espagne, ou aux femmes les plus huppées de la cour. Nos voitures étaient fort convenables. La livrée bleu de ciel galonnée d'argent représentait bien; notre ambassadeur veillait à tout et avait réussi à ce que le prince fût, à Paris, ce qu'il devait être.
« Je dois noter ici que rien ne Fa autant impressionné que la cérémonie du 21 janvier, à laquelle nous assistâmes à Saint-Denis. Tant que je vivrai, je me souviendrai de cette tribune grillée et tendue de noir, où sanglotait madame la Dauphine, pendant qu'on lisait le testament de son père... »
Sur ces entrefaites, le roi Victor-Emmanuel mourait à Moncalieri, et cette mort, qui atteignait le prince dans ses plus vraies affections, ajoutait encore une tristesse à ses tristesses.
On n'a pas oublié ce vieux roi qui, certes, péchait par l'esprit, mais rachetait si bien ce péché par la bonté de son cœur. Seul, il avait reçu avec quelque tendresse Charles-Albert, lors de la Restauration; c'était lui encore qui, depuis ces trois longues années d'exil, n'avait cessé de s'intéresser au proscrit; c'était sur lui, sur lui seul, que le proscrit comptait pour obtenir son pardon.
« Monseigneur ressentit, avec toute son impressionnabilité, la perte que nous faisions. Cette mort fort édifiante, nous a-t-on dit, était un irréparable malheur pour mon prince. Victor- Emmanuel était le seul membre de la famille royale qui l'eût toujours traité avec justice et bonté. Le vieux roi mort, que restait-il
là- bas pour plaider notre cause, pour nous ouvrir les bras, si jamais on nous pardonnait? Toute la famille partageait contre mon prince les préventions dont le roi régnant, Charles-Félix, donnait le douloureux exemple
« Mais voilà qu'à l'heure où nous désespérions, nous apprîmes tout à coup que Ton permettait à Monseigneur de rejoindre sa femme, à Florence, en passant par Turin. C'était la fin de nos vicissitudes! »
Le prince et ses amis pouvaient l'espérer, mais pouvaient-ils croire que M. de Metternich fût lassé ou satisfait? Hélas! il ne Tétait pas. L'oiseau de proie plane immobile quelques instants avant de s'abattre sur sa victime.
« Lors de l'audience que j'ai eu l'honneur d'avoir dimanche 2 courant, écrivait Pralormo, Sa Majesté l'empereur d'Autriche a bien voulu me demander quelles étaient, dans le moment actuel, les intentions du Roi à l'égard de M. le prince de Carignan.
« — Sire, lui répondis-je, le Roi mon maître n'a pas changé d'avis relativement au prince. Ses intentions sont encore celles qu'il a annoncées à Vérone. Il se propose de le rappeler auprès de lui, mais il veut auparavant lui faire signer un acte par lequel le prince s'oblige à conserver intactes les bases fondamentales et les formes organiques de la monarchie, telles qu'il les trouvera lors de son avènement au trône. La haute et entière confiance que le Roi a placée dans Votre