‹ Prologue d'un règneChapitre 152 sur 177 · CHAPITRE XI. 32g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 32g

Majesté ne me laisse pas de doute qu'il ne pense à lui communiquer cet acte aussitôt que la rédaction en sera définitivement arrêtée. »

Encore une fois, Charles-Félix allait demander à Vienne les formules de l'absolution.

« Le prince de Metternich a beaucoup loué la résolution du Roi, ajoutait Pralormo. Il m'a répété qu'un acte bien fait était la seule chose à laquelle on dût penser dans les circonstances présentes. Cet acte, il est vrai, m'a dit encore le chancelier, ressemblera à plusieurs dispositions testamentaires relativement auxquelles la loi ne donne pas de moyen pour en obtenir l'exécution. Mais, de même qu'un héritier qui manque aux dernières volontés de son bienfaiteur se rend coupable envers l'opinion, il faut aussi mettre l'héritier de la couronne dans le cas de ne pouvoir manquer à sa parole sans manquer à l'honneur. »

Ce n'était pas tout encore.

A l'héritier interdit, il fallait un conseil judiciaire. Par une suprême moquerie, le chancelier exigeait que le prince se le donnât à lui-même, en instituant, le jour de son avènement, une sorte de sanhédrin qui réunirait aux évêques et archevêques piémontais tous les chevaliers de l'Annonciade. Ce conseil, dans la pensée de M. de Metternich, devait à jamais tenir Charles- Albert en tutelle.

Le comte de La Tour à Turin, le comte Pralormo à Vienne et le marquis Alfieri à Paris, turent les seuls confidents de l'erîrovable humiliation

rOO LA JEUNESSE DU ROI CH A R LES - ALBERT.

que l'Autriche imposait à l'héritier du trône italien. Aucune trace des révoltes qu'il en coûta à Charles- Albert pour l'accepter n'a survécu. Jusqu'en 1848, l'engagement souscrit a été secret d'Etat. On sait seulement aujourd'hui que le malheureux prince le parafa dans les derniers jours de janvier 1824. Est-il à s'étonner, après cela, que la guerre de 1848 se soit appelée une guerre d'indépendance?

Sylvain, sans se douter du drame qui se jouait auprès de lui, écrivait entre temps dans son journal :

« Pendant les derniers jours que nous passâmes à Paris, mon prince vécut plus sombre encore qu'à l'ordinaire, sans que je m'en pusse expliquer la raison. Je n'eus d'ailleurs pas grand loisir de la chercher, car, pendant que Son Alteste allait prendre congé de toutes les personnes qui l'avaient si bien traité, je courais, moi, remplacer nos voitures et payer tout ce que nous pouvions devoir à Paris. Nous partîmes enfin le 2 février, faisant route par le Bourbonnais et par Lyon. Nous ne couchâmes qu'à Moulins. Ce fut notre seule bonne nuit. Le prince s'arrêta quelques heures à Chambérv, où toutes les autorités étaient venues pour le recevoir avec une gêne et une peur de se compromettre qui nous firent sourire.

« Heureusement pour ces braves gens, nous les délivrâmes de leurs terreurs et de notre présence, en partant vers minuit. Notre dernière halte fut à Suze. L'ordre nous y attendait de n'entrer à Turin qu'à la nuit close, ce qui se passa le 7 février, vers neuf heures du soir. Il me sembla que dans toutes les rues quenous traversions, le plus grand nombre des promeneurs étaient des carabiniers déguisés. Craignait-on quelque mouvement, pour ou contre nous? C'est ce que je n'ai pu deviner.

« Lé lendemain dans l'après-midi, Sa Majesté reçut le prince. Nous étions tous quatre, le marquis de Faverges, le chevalier Isasca, Robilant et moi, dans le salon de parade qui précède le cabinet de Sa Majesté. La séance qu'y fit Monseigneur fut longue. Plus d'une fois nous entendîmes le Roi hausser le ton. Lorsque enfin Son Altesse Sérénissime sortit, il était clair, à en juger par l'altération de ses traits, que la séance royale avait été rude... »

Qu'en était-il de cette réconciliation tant désirée? Je laisse le lecteur juge entre l'opinion de Sylvain et celle que Charles-Albert exprimait dans cette dernière lettre à M. le duc de Blacas :

u Monsieur le duc,

« Le marquis de La Tour du Pin m'ayant dit qu'il envoyait un courrier à Paris, je veux profiter d'une aussi bonne occasion pour vous dire que j'ai vu le Roi hier au soir. Le comte de La Tour m'adressa une lettre à Lanslebourg pour m'avertir que Sa Majesté dési-

rait que je n'arrivasse que de nuit. De sorte que je fus obligé de retarder ma marche et ne rentrer chez moi que le 8 au soir. C'était dimanche, hier, et, comme le Roi tenait cour, il ne voulut me recevoir qu'a cinq heures, pour tromper l'attente du grand nombre de personnes qui se rendirent à cette occasion au château. Il m'embrassa et il me tint plus d'un quart d'heure par la main.

« Il était assez embarrassé, mais je fis de sorte à le mettre à son aise, et, dans le fond, il me reçut très bien (b). Il me fit pourtant sentir par ses discours qu'il avait connaissance des lettres que j'écrivis à Nice au roi Victor pour lui faire reprendre la couronne. Il me montra aussi que la préférence d'attachement que je montrais à son frère l'avait fort piqué. Il me dit qu'il ne faisait jamais rien sans prier Dieu, et que tout ce qu'il faisait était d'inspiration, de sorte que souvent il écrivait des pages entières sans savoir absolument ce qu'il avait mis sur le papier, parce que c'était toujours par pure inspiration; que de même, il avait toujours consulté Dieu sur mon compte. Mais je ne puis croire que Dieu lui ait dit de me faire voyager ainsi depuis trois ans (i)... »

(i) Cette lettre m'a été communiquée par M. le comte Stanislas de Blacas.

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