CHAPITRE II
(a) Charles-Emmanuel IV avait eu quatre frères :
i° Le duc d'Aoste, qui devait lui succéder sous le nom de Victor-Emmanuel I.
20 Le duc de Montferrat, mort en Sardaigne, septembre 17119.
3° Le comte de Maurienne, mort également en Sardaigne, pendant l'exil, 29 octobre 1802.
40 Enfin, le duc de Genevois, qui devait régner sous le nom de Charles-Félix.
{b) Des quatre filles de Victor-Emmanuel Ier et de Marie-Thérèse dAutriche, l'aînée, Béatrix, épousa son oncle, le duc de Modène.
La seconde, Marie-Thérèse, épousa le duc de Lucques.
La troisième, Marie-Anne, en épousant l'archiduc Ferdinand, devint impératrice d'Autriche.
La quatrième, Christine, épousa le roi de Naples, Ferdinand II.
(c) Cagliari se divise en quatre parties distinctes : la Marina, le Castello, Villanova et Stampace.
C'est dans le quartier appelé le Castello, quartier entouré de fortifications presque ruinées, que s'élevait près de la cathédrale
un antiqueédifice; on y ht le palais du Roi. Tout à côté, se trouvait l'archevêché; on y installa comme on put le duc de Genevois. Dans une lettre à son plus jeune frère, celui-ci maudit fort les scorpions qui semblent lui avoir longtemps tenu compagnie, et sont, dit-il, une bien vilaine race!... Pourtant, il y a à Cagliari des soirées de cour qu'on appelle, je ne sais trop pourquoi, des concerts. Voici la description de l'un de ces concerts faite par le prince lui-même :
« Petit enfant, écrit-il à son frère le comte de Maurienne, voici quel est le cérémonial de mes conversations. Le monde s'assemble dans une chambre de parade {sic); celle où nous dormions est ma chambre d'audience, et je couche dans la chambre qui était celle de Thiesi (?). A huit heures, je sors et je vais parler à tout le monde masculin et féminin, et cela debout, pendant environ une demi-heure ; puis je rentre dans la chambre d'audience, suivi de tout le monde. Je fais ma partie; il y a deux ou trois autres parties dans ma chambre, puis d'autres dans ma chambre de parade. A dix heures environ, je finis ma partie, et je vais voir les autres, comme nous faisions à la maison Carignan. Puis, à dix heures trois quarts ou onze heures, je me retire dans ma chambre jusqu'à ce que tout le monde s'en soit allé, ce qui se fait de soi-même, el ils s'en vont à mesure qu'ils en ont assez, car je ne congédie pas, et moi, en attendant, je vais souper. Quand je fis venir V improvisât ore, on m'avait fait un apparato tout à fait embarrassant; je m'imagine que ce ne sera pas celui que tu voudras suivre dans ton concert...
« Je donne le bonjour à ta compagnie et je te demande miséricorde à toi, car toi, tu es la vertu et moi la cattivaria (la méchanceté). »
(Lettre du duc de Genevois au comte de Maurienne, 5 décembre 1799.)
(d) En 1793, Victor-Emmanuel, alors duc d'Aoste, fut mis à la tête d'un corps d'armée qui devait opérer du côté de Nice. Il avait conduit, de sa personne, l'attaque du village de Gillette et avait enlevé les postes de Delterre et de Boyon ; il marchait enfin vers Nice, quand, abandonné pour ainsi dire par le général autrichien Strasoldo, il dut battre en retraite quoiqu'il eût encore battu les Français à Gandola et coupé leur aile droite. — La partie, dès lors, fut perdue dans le comté de Nice. L'année
suivante, le duc d'Aoste n'eut pas à se signaler, vu que les généraux autrichiens réglèrent toutes les opérations. Le prince espérait être plus heureux au mois d'août 179D, quand il se vit chargé par le baron de Vins, général en chef de l'armée autrichienne, de tenter une diversion du côté de Savone. L'opération, quoique bien combinée, n'eut aucun succès. Il ne semble pas qu'il soit utile d'insister sur les événements de cette triste campagne, il suffit de dire que Victor-Emmanuel avait toute la bravoure, sinon toute la politique de sa race.
(é) Marie-Thérèse-Joséphine d'Autriche était née à Milan le i3 octobre 1 7j3. A l'âge de seize ans, elle fut fiancée au fils cadet de Victor-Amédée III, alors duc d'Aoste, et plus tard roi, sous le nom de Victor-Emmanuel Ier. Le mariage fut célébré à Novare, le 25 avril 178g. C'est en 1802 que Marie-Thérèse devenait reine, par l'abdication de Charles-Emmanuel IV. Elle avait pour frère François, plus tard duc de Modène.
(/; François IV de Modène, fils de Béatrix d'Esté, dernière héritière de la maison d'Esté, et de Ferdinand d'Autriche, gouverneur des duchés de Milan et de Mantoue, frère de l'empereur Joseph II. François IV était né en 1779- Il fut le père de madame la comtesse de Chambord et mourut en 1846.
Au mois de mai 1 796, le grand-père de François IV, Hercule III, le dernier prince de la maison d'Esté, s'était enfui à Venise à l'approche des armées françaises. Les duchés de Modène et de Reggio étaient rentrés, le 9 juillet 1797, dans la fédération cisalpine. Le traité de Campo-Formio, du 17 octobre de la même année, dépouilla définitivement la maison d'Esté. Après la ruine de sa famille, Béatrix d'Esté s'était retirée avec son fils à Vienne.