‹ Prologue d'un règneChapitre 157 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

[a) Le roi Charles-Félix, tout enfant, écrivait son journal. Voici ce qui s'y trouve en 1775, au sujet de son précepteur et de l'ensemble de son éducation ; il avait alors dix ans, étant né en

1JÔ5 : « ...Le chevalier de Salmour, notre gouverneur, était un homme d'environ cinquante ans, parlant peu, d'un air sombre, paraissant très jeune, aux manières rudes et peu obligeantes. 11 nous fixa toutes les heures des leçons, tout devait aller par routine, et nous devions apprendre tous de la même manière. Nous avions deux précepteurs, l'avocat Pischeria pour le latin et l'italien, et l'abbé de Saint-Marcel pour le français, l'histoire, l'arithmétique et la géométrie... »

Et jusqu'à l'été de 1791, Charles-Félix fut tenu à ce régime (il avait alors vingt-six ans). Dans le journal du prince, à la date du 5 août 1791, on lit :

« Vendredi 5. Promenade au jardin avec le Roi, sans suite. Il nous a dit qu'il allait faire le chevalier de Salmour gouverneur de Turin, et que notre éducation était finie...

« Mercredi 10. Le chevalier de Salmour vint de Turin. 11 nous fit voir tout le projet pour la fin de notre éducation. On veut nous enlever nos écuyers; ainsi, je perdrai C..., ce qui m'a mis dans la plus grande tristesse. J'ai pleuré toute la matinée. A onze heures, j'ai conté mes malheurs à C... ; j'ai dit à Piémont (Charles-Emmanuel II) ce qui allait arriver. Il a paru avoir pitié de moi, mais il n'a pas voulu s'intéresser pour moi auprès du Roi; ainsi je me vois entièrement abandonné de tout le monde, j'ai pris la résolution de me retirer de la cour et de finir mes jours aux Camaldules, trop heureux si je puis par là mériter la grâce de Dieu et mourir en paix. »

Il y avait alors à Lanzo, non loin de Turin, un couvent de Camaldules placé dans un site agreste qui avait toujours plu particulièrement au prince. Un jour que son gouverneur l'y avait conduit, Charles-Félix demanda avec tant d'instances à rester dans le monastère qu'on l'y laissa pendant quelques jours. L'enfant pouvait avoir alors onze ou douze ans. Dès lors, il parla toujours de se faire Camaldule, et il fallut la raison d'État pour l'en détourner. (Vie de Charles-Félix , par un religieux d'Hautecombe, p. 20.)

(b) Le prince Camille Bor^hèse s'était montré grand patriote à l'entrée des Français à Rome, en 1788. Bonaparte lui avait fait épouser, comme on sait, sa sœur Pauline. Le prince avait été nommé général à Tilsitt, puis en 1808 l'Empereur par un scnatus-consulte avait créé pour lui une dignité unique, celle

de gouverneur au delà des Alpes. En échange de tant d'honneurs, le prince avait cédé à son beau-frère les plus belles statues de la villa Borghèse.

(c) De tous ces demi-princes et princesses, comme disait le feu duc de Broglie, il ne reste pas un survivant aujourd'hui. L'aîné, qui avait ajouté à son nom celui de sa mère et s'appelait le prince Maurice de Montléart Saxe-Courlande, épousa mademoiselle Wilhelmine et n'eut pas d'enfants. Il mourut il y a peu d'années dans le duché de Salitzinberg, qu'il avait reçu en héritage de la princesse de Montléart sa mère. Le second, Louis, ne se maria pas. La princesse Augusta, leur sœur, ne se maria pas non plus. Belle et intelligente, mais extravagante, elle passa sa vie sans cesse brouillée avec son père et ses frères, et périt en 1886, misérablement assassinée près de Cracovie par ses domestiques. La princesse Augusta ressemblait prodigieusement au roi Charles-Albert.

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