CHAPITRE VI
{a) Il n'y avait pas à faire l'histoire de cette petite révolution piémontaise. Elle finit ridiculement, comme elle avait commencé. Le 5 avril, les troupes constitutionnelles, commandées par le colonel Régis, apprenant la marche des troupes austrosardes sur Turin, se concentrèrent précipitamment à Casai, pour leur barrer le passage. Mais, tandis qu'on s'occupait à parlementer, les Autrichiens franchirent, à l'improviste, le Tessin et défirent les constitutionnels.
Le roi Charles-Félix lui-même ne traita jamais cette victoire que fort légèrement.
« ... La bataille de-Verceil, écrit-il à son père le 16 avril, n'a été qu'une escarmouche, car les coquins ont presque aussitôt pris la fuite. On me fait une description assez emportée pour me rendre la chose plus belle... »
(b) Un jour que Charles-Félix dictait une lettre à son ministre d'Etat, le comte délia Valle, celui-ci, tout en écrivant, se permit une observation. Le Roi, sans répondre, acheva de dicter, puis se retournant vers son ministre : « Je vois, dit-il, monsieur, que vous avez, comme beaucoup d'autres, pris l'habitude de substituer vos propres idées à celles du souverain. Il a le droit d'avoir les siennes et de vouloir qu'elles soient rendues comme il les a conçues. Dorénavant, monsieur, vous attendrez que j'aie recours à vos lumières comme à celles des autres membres de mon conseil, pourvous permettre des observations sans qu'elles vous soient spécialement demandées. ..n (Lettres du comte Costa.)
(c) Le marquis de Barolo et sa femme ont fondé en Piémont d'innombrables œuvres de charité. « Toutes les fois que l'on me parlera de quelque œuvre de charité, écrivait Charles-Albert le 3o septembre 1822 au comte de Sonnaz, on me fera toujours grand plaisir; mais si la demande me vient de madame de Barolo, elle me sera encore plus agréable, lui professant une vive estime et même une sincère vénération, étant prêt à lui donner le dernier de mes cheveux si elle le voulait, et cela pour cause, car il est certaines choses que je n'oublierai jamais. » (La marquise de Barolo était née Colbert.)
(d) Voici cette lettre que le prince avait envoyée à Sonnaz, en lui demandant de la mettre en circulation. Il est bien évident que, en se rapprochant ainsi du prince de Carignan, dont Marie-Thérèse s'était montrée jusque-là l'ennemie acharnée, la Reine n'avait d'autre but que de créer des embarras à Charles- Félix, auquel elle ne pardonna jamais d'avoir accepté la couronne lors de l'abdication de Victor-Emmanuel Ier.
« Lucques, 3o octobre 1821.
« Très cher cousin,
« L'heureuse délivrance de ma fille Thérèse (la duchesse de Lucques) me justifiera auprès de vous si dans les derniers jours qui précédèrent cet événement et que je lui avais entièrement voués, je n'ai point répondu en votre chère lettre du i3 que j'ai reçue avec la plus vive reconnaissance et que les vœux que vous voulez bien faire pour moi et dont je suis convaincue comme des sentiments dont vous m'assurez, auxquels je réponds par l'intérêt le plus constant de tout ce qui vous touche.
« J'ose cependant vous avouer que je ne puis vous passer l'expression que vos vœux pourraient me paraître importuns, vu que, pour cela, ils devraient l'être, ce qui est impossible, attendu que vous m'avez toujours donné personnellement toutes les preuves d'attachement que je puis espérer de votre part et que rien ne pourra jamais altérer la reconnaissance que je vous conserverai toute ma vie. » (Archives de Sonnaz.)
(e) On sait que cinq princes ou princesses de la maison de Savoie sont canonisés :
Le Bienheureux Humbert III,
La Bienheureuse Marguerite de Savoie,
Le Bienheureux Boniface de Savoie,
Le Bienheureux Amédée IX de Savoie,
La Bienheureuse Louise de Savoie.
Victor-Emmanuel II avait la même confiance que son père dans la protection des saints de sa maison. Un jour, un diplomate et ranger lui parlant de la dépossession du Pape, le Roi lui répondit : «J'aime et je respecte le chef de ma religion, qui aime aussi moi et ma famille. D'ailleurs, croyez-vous que tous les saints de ma race qui nous regardent cesseront un seul instant de me protéger?... m Et il montrait les portraits des Bienheureux dont il aimait à s'entourer.