‹ Prologue d'un règneChapitre 161 sur 177 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

(a) Une lettre écrite par le prince au comte de Trutchcss, ambassadeur de Prusse, avait porté à son comble l'irritation du roi. « Quant à la lettre en question, écrivait Charles-Félix à son frère, c'est madame de Trutchess qui en a la copie. Elle l'a fait voir à l'ambassadeur de France et à Mocenigo. Et à présent je fais mon possible pour l'avoir et en tirer copie. Mais cette femme intrigante et rusée ne veut pas s'en dessaisir... Quant au prince de Carignan, je prendrai au plus tôt tous mes arrangements pour le faire partir de Florence, où il est très mal à présent pour le repos universel. » (Storia délia dipl., Turin, p. ^41.)

35o LA JEUNESSE DU ROI CHARLES-ALBERT.

(b) Voici la liste des ouvrages qu'a laissés Charles-Albert : Pollen^^o. — Crissolo. — Montmayeur. — Souvenirs d'Andalousie. — Voyages en Sardaigne. — Notice sur les Vaudois. — Réflexions historiques. — Contes moraux pour l'enfance. — Sans parler d'une Ode à Dieu des plus médiocres, qui figure à la première page d'une Bible appartenant à Mgr le duc de Gênes.

(c) Voici cette lettre. Elle m'a été communiquée par M. le comte Stanislas de Blacas :

« Très Saint Père,

« Pénétré des sentiments de la plus profonde vénération envers Votre Sainteté, je désirais depuis longtemps déposer à ses pieds le tribut de mon hommage et de mon inaltérable et respectueux dévouement. Mais me considérant et me trouvant si infiniment peu de chose sous tous les rapports, je n'osais m'adresser et abuser des précieux moments du représentant de notre divin Maître sur la terre, de celui qui fait la gloire de notre sainte religion et qui est le soutien et l'espérance des bons.

« Les désastreux événements qui ont affligé notre pays ont fait envisager sous des vues différentes la conduite que j'ai tenue, et j'ai été et suis encore le but des plus noires calomnies de tous les partis. Absolument revenu de ce qui est mondain, je mets toute ma confiance dans le Seigneur. Le but unique de mes pensées est de pouvoir me mériter la gloire éternelle, et en portant ici-bas ma croix avec résignation, j'y unis le vif et sincère désir de pouvoir me consacrer dans mon peu au service de notre sainte religion.

« Je ne chercherai point à faire à Votre Sainteté une apologie de ma conduite, car près d'Elle les efforts des méchants sont impuissants. Mieux que personne Elle discerne le vrai, et mon cœur éprouve la plus vive et douce sensation en me remettant en tout à ses saintes volontés et décisions.

« Je pourrais prier Votre Sainteté d'être un sûr médiateur pour moi auprès du Roi mon oncle, mais je n'ose lui faire une telle demande, et le but essentiel de ma lettre est, en la suppliant de recevoir avec bonté l'hommage de ma vénération, de la conjurer de se rappeler de moi dans quelques-unes de ses prières et de daigner me donner sa sainte bénédiction.

« En baisant avec le plus profond respect et la plus entière

soumission les pieds de Votre Sainteté, j'ai l'honneur d'être, Très Saint Père,

« De Votre Sainteté, « Le très obéissant, respectueux et dévoué serviteur et fils,

« Albert de Savoie, prince de Carignan.

« Florence, 23 avril 1822. »

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