‹ Prologue d'un règneChapitre 2 sur 177 · CHAPITRE PRExMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRExMIER

Le château de Raconis. — Les Carignan. — Le prince Charles- Emmanuel de Carignan, père du roi Charles-Albert. — Sa mûre Albertinede Saxe-Courlande. — Evénements révolutionnaires de 1798 en Piémont. — Naissance de Charles-Albert. — Abdication du roi Charles-Emmanuel IV. — Adhésion du prince de Carignan à la République française. — Sa déportation à Paris. — Sa mort. — La princesse de Carignan épousj le comte de Montléart. — Enfance de Charles-Albert. — Son séjour à Genève chez M. le pasteur Vaucher.

S'il est vrai que les choses aient une âme, il est vrai aussi que les vieille; demeures reflètent le caractère des races qu'elles ont abritées. Chacune de leurs générations, comme la vague en se retirant, y a laissé quelque chose de soi. Voilà pourquoi Versailles est majestueux, pourquoi Chantilly garde une si flère allure; voilà, sans doute, aussi pourquoi le

château de Raconis, que les Carignan habitèrent pendant près de deux cents ans, apparaît si heurté dans ses lignes et si divers dans ses perspectives.

Tout y est beau, aimable ; mais tout, si l'on peut ainsi dire, y paraît inquiet. Le palais a subi tant de transformations qu'il semble en redouter d'autres. Raconis, tout d'abord, était un couvent de femmes. Puis, on a entouré le couvent de fossés, on Ta flanqué de grosses tours et hérissé de mâchicoulis. Une nouvelle métamorphose, quelque cent cinquante ans avant la naissance de Charles-Albert, avait fait de la forteresse un château Louis XIII. Remanié une dernière fois au commencement de ce siècle, Raconis a perdu aujourd'hui, comme caractère, ce qu'il peut avoir gagné comme agrément.

Mais vieux châteaux et grands seigneurs ne se modernisent pas tout d'une pièce. Chez eux, il demeure toujours quelque chose du passé pour les trahir, ne fût-ce que le contraste des prétentions présentes avec les allures d'autrefois. Le contraste ici, que vous parcouriez le palais ou les jardins, vous frappera partout. Ce ne sont que plâtres et marbres juxtaposés. Les plus belles tapisseries s'encadrent de papiers peints. Tableaux rares et enluminures voisinent; tandis que Ton voit un peu partout des dorures criardes badigeonner les meubles du plus précieux travail.

11 en est de même dans le parc, où les grandes courbes moelleuses d'une allée aboutissent à un boulingrin, où les eaux d'une cascade, que l'on dirait importée de Suisse, tombent dans une vasque grecque ou

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