‹ Prologue d'un règneChapitre 33 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

cieuse ne m'ait joué quelque tour de sa façon...

« Je ne vous dis rien de plus, parce que cela me fait ressouvenir de tout plein de malignités que Ton vient de me faire à la cour, et que, si je voulais les écrire, la rage m'étourferait. »

Il semble pourtant que les difficultés s'aplanirent, carie 21 juillet 1817 le prince écrivait à son confident ordinaire :

« Quant à mon mariage, tout va mieux maintenant; le bracelet a extrêmement plu, et il paraît, suivant les arrangements pris avec le Roi, que je partirai dans les premiers jours de septembre pour me marier. La comtesse Philippi ira à Florence, et, outre le chevalier d'Osasque, il n'y aura que deux autres personnes; à force de faire, j'ai obtenu que ce serait vous et Collegno. »

Mais, l'avez- vous remarqué? le bonheur, quand il passe, écrase toujours quelqu'un. Cette fois, ce fut le chevalier Grimaldi. Malgré la disgrâce de son père, il était demeuré auprès du prince, et sur ses instances, on s'en souvient. Eh bien, au moment départir pour Florence, Charles-Albert ne s'en souvint pas. Il refusa cruellement à Grimaldi de l'emmener, bien qu'il fût alors de service. Grimaldi ne releva pas l'affront. Mais comme son maître quittait Turin par une porte, lui en sortait par une autre. Quelques heures plus tard, il frappait au seuil des Jésuites de Chieri et demandait à être admis parmi eux.

Deux mois se passèrent, et Charles-Albert, à son tour, frappait au même seuil pour demander tristement

son ancien écuver. Grimaldi balayait la cuisine. a Remerciez le prince, dit-il, de s'être souvenu de moi; racontez ce que je suis en train de faire. Je ne puis paraître devant lui, car ma tâche n'est pas achevée. »

Jamais le nom de Grimaldi n^st remonté aux lèvres de Charles- Albert. Mais que de fois le pauvre religieux a dû hanter son souvenir ! Que de fois le malheureux roi a dû rêver que l'humble livrée du Jésuite pèserait moins lourdement sur ses épaules que le manteau roval !

Victor Fossombroni (i), pour le grand-duc de Toscane, le marquis Brignole-Sale, ministre de Sardaigne à Florence, pour le Roi, et le comte de Robilant, premier écuver du prince, avaient réglé les conditions du contrat. Bien modeste était la dot de deux cent mille florins. Le grand-duc y ajoutait d'assez beaux diamants. Quant à la pension de la princesse, elle fut, ainsi que son douaire, fixée à trente-six mille livres. Les biens de la maison de Carignan assuraient à Charles- Albert un revenu d'environ quatre cent mille francs de rente.

|i i Le marquis Victor Fossombroni, premier ministre du grandduc de Toscane. 11 sera longuement question plus tard de ce personnage, qui joua un rôle important dans la vie de Charles- Albert.

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