‹ Prologue d'un règneChapitre 38 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

deN... avait été pour se faufiler entre elle et son mari.

« Il n'avait que trop beau jeu à persuader l'un que l'autre était bête. Notre princesse était si peu brillante, si timide! N... devait fatalement réussir, étant donné Tirrésistible penchant de Monseigneur pour les réputations d'esprit. Le hasard voulut heureusement que, pendant une absence du prince, M. Favocat se compromît si joliment avec une femme de service, qu'il fallut le congédier.

« Mais le mal était fait. Pour avoir l'air au-dessus de toute influence conjugale, Monseigneur affecta, dès lors, de négliger de plus en plus sa femme. Une des dames de la princesse se trouvait là juste à point pour suppléer, par sa méchanceté, à celle de N... Elle voyait, nous disait-elle, des choses si affreuses; elle assistait à des scènes si terribles, que notre peste, chaque matin, se croyait en conscience obligée d'aller redire ses inventions au duc et à la duchesse de Genevois, n

Seule, au milieu de ce conflit d'intrigues et de vilenies, l'admirable princesse ne se plaignait pas. Bien au contraire, elle jouait l'enfantine comédie d'un bonheur parfait, si parfait, vraiment, qu'un jour où elle avait dit gaiement à ses dames qu'elle passait chez le prince, ses dames, restées au salon, virent pendant plus d'une heure sa robe prise dans le battant de la porte. Sans doute elle avait passé cette heure-là à prier. . . « Du reste, notait encore Sylvain, les affaires de mon prince ne sont pas seules aujourd'hui à aller à la diable.

« Le Roi s'endort quand il n'est pas à cheval. Son unique souci est de faire manœuvrer ses régiments. Que n'emploie-t-il leurs grands sabres à exterminer les rats révolutionnaires qui tranquillement grignotent les quatre pieds de son fauteuil ! »

Sans compter, en effet, avec la Révolution et l'Empire plus qu'avec le cauchemar dont il parlait en revenant de Sardaigne, le bon Victor-Emmanuel s'était rassis sur le trône de Bonaparte comme sur le trône de ses pères. Il avait tout d'abord décrété que, sans avoir égard à aucune autre loi, on eût à observer à partir du 21 mai 1814 les royales constitutions de iyjo. C'était, d'un trait de plume, rétablir les privilèges et les tribunaux d'exception. C'était le Roi intervenant à tout propos dans les affaires de ses sujets, suspendant leurs procès, cassant les arrêts de la justice, accordant, selon son bon plaisir, tel délai qu'il lui plaisait pour payer leurs dettes, le tout en vertu, — je n'ai jamais pu savoir ce que cela voulait dire, — de son pouvoir économique.

Un gouvernement aussi paternel avait d'abord paru plaisant; puis il avait effrayé, et enfin, après deux ou trois ans d'expérience, il exaspérait chacun.

Sans doute, Victor-Emmanuel était incapable de

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