‹ Prologue d'un règneChapitre 41 sur 177 · CHAPITRE IV. 8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 8l

des barques en détresse, Romagnosi le jurisconsulte, Gioia Téconomiste, Monti le poète, Silvio Pellico , Manzoni, et enfin le noble et malheureux comte Confalonieri. Partout aussitôt, sous leur patronage, et sous le patronage de Byron, de Schlegel, de lord Brougham, se fondaient des groupes d'enseignement. Chaque ville voulait avoir son école politique, comme jadis elle avait eu son école de peinture. D'un bout à l'autre de l'Italie, c'était une merveilleuse renaissance libérale, dont Berchet, Ugo Foscolo, Gino Capponi se faisaient, à l'étranger, les enthousiastes apôtres.

Que bien à tort on voudrait assimiler cette chevaleresque rédaction du Conciliatorek une vente de carbonari! Le prince de Metternich feignit, il est vrai, de s'y tromper en 1821. Mais ne devait-il pas confondre aussi Charles-Albert et Mazzini, la trop faible victime, hélas! avec son bourreau?

Un jour, c'était, je crois, en 1846, un des hommes les plus compromis du mouvement italien fait demander une audience au Roi. Elle lui est aussitôt accordée. L'homme arrive. Sa figure, son allure, inquiètent le premier écuyer de service. Il ne referme pas tout à fait la porte par laquelle s'était introduit le visiteur. La conversation bientôt s'anime; ce sont des éclats de voix. On dirait une querelle. Puis enfin, voilà tout à coup comme le bruit d'une chute. L'officier de garde se précipite. L'homme est à genoux. Charles-Albert, blême comme une cire, fait signe de la main qu'on les laisse seuls... Cinq minutes après, la conversation s'achevait sur cette menace que cha-

cun entendit dans l'antichambre : « Se ne pentira, Maesta (i). »

Le Roi fut muet, à son ordinaire, sur cette aventure. L'homme ne reparut plus au palais. Mais l'impression y demeura profonde que le carbonarisme ce jour-là avait tenté un suprême effort pour faire de Charles- Albert son complice. La secte en venait à menacer le Roi après avoir, depuis tant d'années, essayé de le compromettre. Dieu sait si elle avait été habile à exploiter, dès 1 8 1 8 , ses défauts et ses qualités.

Le plus grand des crimes pour un gouvernement est d'être maladroit, et les maladresses de la Restauration se multipliaient. Le Roi se montrait de moins en moins soucieux de politique; le duc de Genevois, de plus en plus agressif vis-à-vis de gens et de choses qu'il n'admettait pas. Les ministres à leur tour laissaient dériver, et le prince de Carignan apparaissait seul debout au milieu de ce désarroi. Il faisait l'effroi des uns, l'espérance des autres. Tandis que les jeunes gens allaient répétant partout ses bons mots, les vieux seigneurs sortaient scandalisés de ses théories. Entre

(i) Vous vous en repentirez, Majesté'.

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