‹ Prologue d'un règneChapitre 42 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

temps, les carbonari qui venaient de s'introduire en Piémont soufflaient sur tous les feux, envenimaient toutes les plaies; tendres, empressés autour de toutes les vanités dolentes, ils avaient beau jeu à courtiser celle de Charles-Albert.

o Aimez-moi, disait un jour Villemain, le plus laid des hommes, à une femme charmante, aimez-moi, madame, aimez-moi, personne ne le croira. »

De même, qui aurait pu croire que le prince s'en laisserait jamais conter par la Révolution ? Mais la Révolution s'était masquée, et sous son masque avait une si douce voix!

Elle venait au prince pleine de promesses. Les faiseurs de livres, les apôtres de la résurrection italienne, lui apportaient leurs hommages. L'hyperbole autour de lui prenait un tel essor, que Monti (i), imposant les mains à un jeune homme qui arrivait de Turin, s'écriait sur le ton du vieillard Siméon : « O bienheureux jeunes hommes piémontais, vous verrez le salut de l'Italie, car vous avez le prince deCarignan. Celuilà est un soleil qui s'est levé sur votre horizon. Adorezle, adorez-le! »

a Je suis heureux, disait Confalonieri à Gino Capponi, de votre intimité avec notre prince... Il a besoin de sentir que les yeux des Italiens reposent sur lui pour le juger, espérer ou désespérer d'eux-mêmes et de lui. Il est jeune. Le saint aiguillon de l'ambition peut tout en lui. Mais jamais on ne lui répétera assez

(i) Monti, célèbre poète italien.

qu'il n'y a qu'un seul chemin qui mène à la gloire, et que ce chemin n'est pas celui qui lui est montré à Turin (1). »

Malade de tout cet encens, Sylvain regrettait « le temps où sous peine de mort il n'était pas permis de parler de tant de belles choses qu'il n'est pas permis de faire ».

Mais son prince le rassurait.

u Calmez-vous (2), calmez-vous, don Sylvain, rien n'est compromis, quoi que vous en pensiez et me disiez. Le Roi me traite absolument comme son fils. Toutes les fois qu'il paraît en public, il veut m'avoir auprès de lui... Nous dînons tous les jours à la cour; et tous ces messieurs, jusqu'à Robilant, qui n'est, ici, que comme aide decamp, sontadmisà la table du Roi. « Du reste, voici ma vie, il n'en est guère de plus édifiante : Deux fois par semaine il y a société chez l'ambassadeur de France; deux autres fois, chez Brignole ; une fois, chez Pallavicini, où se donnent de très jolies comédies françaises. Lorsque je n'ai pas le spleen, j'y vais.

u ... Ne croyez pas, don Sylvain, que je m'occupe à courtiser les femmes. Vous savez que depuis quelque temps j'ai pris beaucoup de goût à l'étude, et ce goût va toujours en augmentant, de sorte que je n'en aurais pas le temps... »

Avec Sylvain, le prince pouvait s'en tenir à cette

( 1, Marco Tabarini, Gino Capponi e i suai tempi, p. 100. 12) Gênes, 3o mars 1818.

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