‹ Prologue d'un règneChapitre 43 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

justification banale; mais vis-à-vis de Sonnaz, il se trouvait, paraît-il, tenu de répondre moins vaguement à des griefs d'une nature plus intime. A la façon du comte de Mercy, Sonnaz, sans doute, avait pris parti pour l'avenir de la dynastie.

« ...A propos de madame de Sonnaz, vous m'apprenez que madama mia moglie (i) est grosse. Vous ne devez pas être étonné qu'on le dise; on Fa déjà tant dit delà Reine et de la duchesse (2) qu'il fautbien que son tour vienne. Croyez, cependant, que j'ai suivi vos bons conseils. Je vous remercie de me l'avoir toujours dit (sic). Cela vaut beaucoup mieux, au fond, car il y a assez d'occasions de rage en ce monde, sans aller en chercher gratis (3)... »

Comme disait un homme d'esprit, ne me parlez pas de ces ménages qui ne marchent jamais qu'à grands coups de bons conseils et de fermes propos. Aimer, parce qu'il est « assez d'occasions de rage, sans en aller chercher », ou parce qu'un ami vous en prie, serait trop héroïque. L'amour n'entend pas raison. Il vit précisément de ce qui tuerait tout autre que lui. Le calme Tendort, la sécurité le met en déroute. Il est dangereux pour une femme de se montrer, ainsi que l'admirable princesse de Carignan, sans défaut au lendemain de son mariage. L'excès d'abnégation, en ménage, fait les grandes saintes, mais aussi les femmes malheureuses.

(1) Madame ma femme.

(■2) Madame la duchesse de Genevois.

(3) Sans date, 1818.

« ...Notre princesse, malgré sa bonté résignée et sa haute piété, écrivait Sylvain (i), ou plutôt, peut-être, à cause de tout cela, vit de plus en plus seule. Elle manque de l'entrain et de la coquetterie qu'il faudrait pour séduire son mari; d'ailleurs, la concurrence est rude, et je perds mon temps à écarter la branche d'où pend le fruit défendu... »

Et voilà qu'un inexplicable voyage du prince en Allemagne ajoutait encore aux inquiétudes de Sylvain.

« ...Il nous a plantés là sans crier gare; on dirait d'une fuite, et depuis son départ, nous ne savons que son arrivée à Dresde. Moi, en attendant, j'ai sur les bras sa femme, grosse, à consoler (2). Tout va heureusement mieux que ne le mériterait Monseigneur. Elle est courageuse, c'est une âme vaillante, mais d'une vaillance trop triste (3)...

« ...Nul ne sait, la princesse peut-être ignore ce que son seigneur est allé faire en Allemagne (4). Les langues, cependant, vont grand train sur ce voyage. Les malins y voient de la politique, les médisants une brouille; moi, j'y vois un coup de tête. Enfin comptons sur l'absence, comme pour les deux pigeons... »

(1) i5 mai 1818.

(2) La princesse fit une fausse couche quelque temps après.

(3) Juin 1818.

(4) Le prince était allé, appelé par sa mère, à Munich. Madame de Montléart lui signala, pendant ce voyage, de nouvelles et fort graves intrigues de M. de Metternich et du duc de Modène. Ces intrigues devaient être déjouées alors, et reprises plus tard au congrès d'Aix-la-Chapelle.

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