‹ Prologue d'un règneChapitre 45 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

du Roi, devant l'intrigue de M. de Modèneetde M. de Metternich, âpres à prendre leur revanche, que devaient durer ces résistances? Il était heureusement dans la destinée de Charles- Albert de voir, à toute heure dangereuse, surgir d'inébranlables fidélités.

Les négociations projetées nécessitaient l'intervention du ministre des affaires étrangères. Or il se trouva que le comte Valese était un de ces hommes que Ton peut briser, mais dont on ne fait pas aisément son complice.

Valese opposa le refus le plus net aux sollicitations de la Reine. Et, comme il cherchait, non pas à excuser ce refus, mais à l'expliquer par de bonnes raisons, Marie-Thérèse lui coupa la parole :

— Et de qui donc relevez-vous, monsieur, sinon du Roi votre maître?

— Je relève de ma conscience, de mon pays et de l'histoire.

— Ah! pour moi, j'estimais que, comme tous les ministres, vous n'étiez qu'un domestique (1).

Valese donna sa démission. Mais tel fut l'effet produit sur Victor-Emmanuel par cette effroyable scène, qu'en dépit de sa femme, la question de succession ne fut pas soulevée à Aix-la-Chapelle (2).

Pour la seconde fois, M. le duc de Modène se brisait contre l'honneur, non pas d'un domestique, mais d'un de ses grands serviteurs tels qu'en avait autrefois la

(1) Voyez Poggi, Stoi'ia d'Italia, t. Ier, p. 214.

(2) Voyez L'uomo di Stato indiriççato al governo délia cosa pubblica, t. Ier, p. l'i^. (Comte Solaro della Margherita.)

maison de Savoie. Comme Faverges, Valese venait d'arracher la couronne aux serres de

L'aquila grifagna (i) Che per più divorar Due becchi porta...

L'année 1819 s'annonçait mal parmi toutes ces intrigues. « Bien des gens, écrivait Sylvain, venaient à Raconis, qui y apportaient les plus mauvaises opinions. Mon prince ne pouvait à la vérité leur fermer sa porte, puisque la plupart de ces gens étaient reçus à la cour, et quelques-uns même, tels que le marquis Carail et le duc de Vallombrosa, faisaient partie de la maison du Roi. Je m'apercevais que mon prince était harcelé, qu'on l'entourait, qu'on cherchait à abuser de sa jeunesse. Il devenait moins abordable pour nous; tout cela le compromettait et laissait supposer qu'il ne vovait pas d'un mauvais œil les nouveautés dont il était question. Les faiseurs peu à peu s'habituaient à croire qu'à l'heure voulue, ils trouveraient en lui le chef dont ils auraient besoin...

« Mais sur ces entrefaites, il arriva qu'un accident pensa emporter du même coup toutes nos espérances

(1 L'aigle griffonne qui, pour mieux déchirer, porte deux becs (Alamanni).

Page 1