‹ Prologue d'un règneChapitre 47 sur 177 · CHAPITRE IV. g · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. g

« Je suis si heureux de l'établissement de cette pauvre sœur, que je ne puis douter du plaisir que cela vous fera en l'apprenant. Dès que la princesse sera accouchée, je vous le ferai savoir. Dieu veuille nous donner un garçon!...

« Je partage bien vos sentiments sur l'horrible événement arrivé à ce malheureux duc de Berry. C'est ainsi que, dans ce siècle, nous devons nous attendre à être récompensés de nos peines. Mais il existe un Dieu vengeur, qui sait compenser les peines qu'on éprouve sur cette malheureuse terre... »

La naissance du premier roi d'Italie n'allait ainsi précéder que de quelques mois celle du dernier roi de France. Quelles destinées contraires dans le berceau de ces deux enfants! Le vieux droit devait, avec M. le comte de Chambord, s'éteindre dans un douloureux exil, pendant qu'avec Victor-Emmanuel, le droit moderne, ce droit du plus fort, irait s'asseoir au Quirinal. Notre étonnement ou nos regrets n'y changeront rien. Par ce temps d'universel ébranlement pour toutes les croyances, il faut se redire que quand Dieu efface ainsi le passé, c'est pour écrire l'avenir comme il lui plaît...

Mais pas plus en France qu'en Piémont, on ne prévoyait alors ce double et étrange avenir.

Sylvain, pour assister au grand événement que le prince lui annonçait comme prochain, avait gagné Turin en toute hâte :

« ...Malgré mes bottes de sept lieues, écrivait-il le 17 mars 1820 à son frère, je ne suis arrivé ici que

pour les dragées, ce matin, vendredi, à cinq heures et demie. Il n'y avait pas une heure que j'étais à me remettre du froid et du profond sommeil qui m'avaient gagné en chemin, que le prince me faisait appeler pour me montrer son fils. Ah! le beau petit roi qu'auront là mes arrière-neveux ! Il a les yeux déjà 'bien effrontés, et qui seront noirs, je crois. Il a un beau grand nez retroussé comme son père, et une petite bouche fort gracieuse, dont il tette de grand courage une superbe paysanne.

<■<. Cependant, ajoute Sylvain, une sinistre plaisanterie est venue jeter comme un augure funeste sur notre joie. Au moment de la naissance du duc de Savoie, on vit débarquer au palais Carignan tous les Capucins de la ville et de la banlieue. Une personne de la cour arrête la procession au moment où elle veut franchir la porte du vestibule, et demande la raison de ce déploiement inusité de Capucins. L'un d'eux alors montre une lettre, revêtue d'une fausse signature, qui donnait à tous les couvents avis de la mort de la princesse, et invitait les bons Pères à venir réciter leurs prières autour de la défunte... »

La mystification était lugubre, mais le prince, cette fois, l'attribua bien à tort aux convoitises que la naissance de son fils déconcertait. La Reine y était étrangère; d'autres avaient intérêt à exaspérer le prince: on allait en avoir la preuve. Victor-Emmanuel voulut une enquête. L'ardeur qu'y apporta le comte Lodi (t)

(1) Ministre de la police.

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