CHAPITRE IV
à Rome, se battra héroïquement à Novare, poussera à Paris ce grido di dolore qui ébranlera l'Europe; et puis, hélas! se substituant à tous les scrupules, reniant toutes les reconnaissances, empoisonnant toutes les armes, bénéficiant de toutes les crédulités, elle couvrira du cri sublime de patrie son appel désespéré à la Révolution.
Au lendemain de la mort de Garibaldi, un voyageur causait, à Venise, avec son guide. L'homme était un vétéran des guerres de l'indépendance.
— Vous aimiez Garibaldi? disait le Français.
— Garibaldi était mon Dieu.
— Mais il est mort.
— Qu'importe! il ressuscitera comme Christ au premier appel de l'Italie.
— Et qu'a-t-il fait pour vous ?
— - Il m'a fait une patrie !
Demandez à ceux qui Font perdue ce qu'est la patrie. Ils vous diront que c'est un aimant dont les hommes seront impuissants toujours à étendre ou à circonscrire l'attraction. Ils vous diront que la patrie est de droit divin plus que les couronnes; que Dieu l'a créée en créant les races, en leur mettant au cœur des affinités éternelles ou des haines implacables. Ils vous diront, enfin, que la force ou la conquête peuvent hérisser des frontières, mais que tôt ou tard le droit les franchit, comme le lion ailé de Saint-Marc, pour venir se coucher au pied de la croix de Savoie (d).
De cette vérité, M. le prince de Metternich ne semblait pas se douter, quand, à la première nouvelle de
BIBUOÏK
l'insurrection de Naples, il prenait, vis-à-vis de Victor-Emmanuel, le ton et l'allure d'un suzerain.
« ...L'Empereur, mon maître, disait-il au comte Rossi (i), est résolu à user des moyens immenses dont il dispose pour mettre ses États à l'abri de toute éventualité révolutionnaire... Quant à votre roi, l'Empereur compte sur lui; il le sait disposé à mourir l'épée à la main, plutôt que de subir la loi de ses sujets rebelles (2). »
C'était vrai, mais la hautaine façon dont était faite Tinjonction la rendait blessante.
« ...Siamo sull' orlo del precipi\io (3), écrivait Sylvain, à la date du 20 juillet 1820; d'innombrables placards demandent la constitution des Cortès espagnoles. Le Roi est assailli de mémoires anonymes qui lui conseillent de donner cette constitution pour faire pièce à l'Autriche. Ces maudits Autrichiens semblent nés pour compliquer nos affaires. Leur façon de nous régenter exaspère bons, méchants, et mon prince plus que personne...
« Ils vont nous obliger à l'immense sottise de prendre parti pour ou contre eux. Les voilà qui se renforcent en Lombardie , on porte leur nombre à 40,000 hommes. Ce qui serait par-dessus tout important, c'est que nous sachions ce que nous voulons. Mais nous n'en sommes pas là... »
(1) Ambassadeur de Sardaigne à Vienne.
(2) Dépêche de Rossi, citée par Nicomède Bianchi. Sioria délia diploma^ia, etc., t. II, p. 17.)
(3) « Nous sommes sur le bord du précipice... »