‹ Prologue d'un règneChapitre 50 sur 177 · CHAPITRE IV. IOt · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. IOt

Et le digne homme continuait d'épancher sa bile en prenant cette fois son cahier de notes pour confident.

« La naissance du petit prince avait fait un immense plaisir à la famille royale, et tous nous avions représenté à Monseigneur que c'était là une occasion providentielle de se raccommoder avec M. le duc de Genevois. Mais, baste! il n'y voulut pas entendre, ou plutôt il y entendit si bien qu'il écrivit une lettre qui acheva de mettre toute réconciliation en déroute. Il ne m'a pas montré ce beau chef-d'œuvre; mais j'ai ouï dire que le ton en était presque impertinent. »

Peut-être Charles-Albert avait-il trouvé, dans un retour de fortune, prétexte à cette impertinence. Malgré son frère, le Roi venait de le nommer grand maître de l'artillerie. Sans doute, il n'avait voulu que le remercier ainsi d'avoir donné un héritier à sa maison. Mais le public et le prince lui-même avaient vu tout autre chose qu'un cadeau de baptême dans une si haute dignité conférée à un pareil moment.

Les carbonari affirmaient que c'était là l'indice d'une rupture définitive avec la politique de M. le duc de Genevois et de l'Autriche. Ils affirmaient encore, les bons apôtres, que le Roi était prêt à octroyer au Piémont d'immenses réformes; que ces réformes étaient libellées, collationnées, signées même, et que seul, M. de Metternich s'opposait à leur publication.

Victor-Emmanuel laissait dire, sans se douter du danger qu'il courait, tant est vrai ce mot « que les rois comme les goutteux ne sont jamais plus près d'un

accès qu'à l'heure où ils se regardent comme en parfaite santé. »

Avec moins cTesprit que M. de Metternich, mais tout autant de bon sens, Sylvain terminait par ce post-scriptum sa lettre de tout à l'heure :

« En France on charge les pétards, en Italie on aiguise les poignards, c'est partout le règne des braillards. Questo mondo efatto per andar maie (i), comme dit le Roi, qui ne sent pas la queue de la poêle lui rougir dans la main. »

( i ) Le monde est fait pour aller mal.

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