‹ Prologue d'un règneChapitre 55 sur 177 · CHAPITRE V. I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. I I

« Tout le monde y était indécis, et Tonne prenait aucune résolution. Le comte Balbo me pressa de donner mon avis. Je dis alors à Sa Majesté qu'on avait laissé aller les choses jusqu'à ce point, qu'il paraissait nécessaire de promettre quelque concession pour calmer les esprits. Le comte Balbo et le comte Valese soutinrent cette proposition. Le comte de Saluces et le marquis Brignole ne dirent rien. Les autres membres du conseil, qui étaient le comte de Roburent, le comte Lodi et le comte délia Valle, opinèrent en sens contraire. Sa Majesté déclara qu'elle ne ferait aucune concession, et le conseil se termina sans qu'on eût rien décidé... »

Entre temps, l'insurrection s'étendait. Le 12 mars, le marquis de Carail, le comte Santa Rosa, le capitaine Radice, le lieutenant Rossi, enlevant leurs troupes, s'étaient joints aux révoltés d'Alexandrie. Tout était à craindre pour Turin, si la citadelle n'était fortement occupée. Le prince demanda au Roi la permission d'y envoyer quelques hommes et d'en donner le commandement au colonel des Geneys, le plus énergique officier qu'on eût alors sous la main. Le Roi y consentit.

Toutes ces allées et venues n'avaient pas laissé d'émouvoir la population. Des rassemblements se formaient, que la troupe avaitgrand'peineà disperser. Quelques officiers, à bout de patience, firent demander des ordres. L'un d'eux, le capitaine Raimondi, atteint d'un coup de pierre au visage, entra tout ensanglanté dans le cabinet du Roi. « Donnez-moi, dit-il, carte

Il6 LA JEUNESSE DU ROI C H A RL ES- AL B ERT.

blanche, et avec ma seule compagnie, je me charge de tout terminer avant de me faire panser... »

Raimondi aurait eu facilement raison de la foule, qui n'était encore qu'hésitante. Mais, avec cette charité qui fait les saints etdétrône les rois, Victor-Emmanuel se refusa à laisser couler la fameuse goutte de sang qui, si Ton en eût été moins avare, aurait sauvé tant de couronnes.

On continua donc à délibérer au château avec la ferme intention de ne prendre aucune mesure énergique. Le Roi et ses conseillers parodiaient ces vieux Romains que les Gaulois assommèrent sur leurs chaises curules. Ils en étaient à se draper comme eux, lorsque trois coups de canon partirent de la citadelle. C'était le signal qu'attendaient les troupes de Turin, pour s'insurger et demander, elles aussi, la constitution espagnole.

Le prince retourna en toute hâte auprès du Roi :

« ...On venait, dit-il, de recevoir au château la nouvelle que deux autres légions s'étaient révoltées, et l'on ne prenait encore aucun parti. Je proposai d'envoyer à la citadelle un officier reconnaître l'état des choses. Le marquis de la Marmora, mon aide de camp, s'y rendit. Le peuple le jeta à bas de cheval, le retint prisonnier, et voulut le forcer à crier : Vive la constitution! Nous apprenions en même temps que les révoltés avaient tué le colonel des Geneys, et qu'un capitaine insurgé, appartenant au régiment d'Aoste, avait pris le commandement de la place... »

Victor-Emmanuel voulut alors parler de clémence,

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