‹ Prologue d'un règneChapitre 63 sur 177 · CHAPITRE V. I 3 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. I 3 I

la lettre qu'il m'avait prise des mains. Je fis alors une profonde révérence, ramassai ma lettre, que je mis sur une table, et sortis comme il m'était commandé.

a Le comte Ferrere, qui m'attendait à la porte, me rassura sur cette désastreuse réception et me répéta que Charles-Félix lui avait parlé fort honorablement de moi, mais qu'il était tellement monté contre ce qui se passait en Piémont, qu'il en avait perdu tout sangfroid.

« Je vis, aux questions qu'il m'adressa, que l'on avait, à Modène, les plus fortes préventions contre mon prince. Je fis tout au monde pour le justifier, mais en pure perte, hélas!

« Le duc de Modène lui-même voulut me voir et me chambra pendant une heure de questions plus perfides les unes que les autres. Je répondis de mon mieux, peignant la position critique de mon prince et sa ferme résolution d'obéir en tout et pour tout aux ordres que je rapporterais. Je comprenais, en effet, que le duc n'était qu'un truchement qui, par-dessus tout, avait envie de trouver mon prince coupable.

« François IV me traita, du reste, fort bien et m'invita à dîner. Sous prétexte de fatigue, je m'excusai d'accepter. Le duc me dit de venir à la partie du Roi, qui alors me donnerait sa réponse.

« Quand je fus introduit quelques heures plus tard au salon, je trouvai, groupés autour d'une table de jeu, le Roi, la Reine, le duc et la duchesse de Modène et le cardinal Albani. Charles-Félix me reçut tout autrement que le matin; son visage avait repris son air de

bonté habituel; il ne fut question de rien jusqu'à la fin du jeu, où, passant dans un autre salon, le Roi m'ordonna de le suivre.

« Il me remit une proclamation imprimée, en me disant qu'il ne voulait pas faire d'autre réponse à la lettre que j'avais apportée; qu'il avait en horreur tout ce qui s'était passé; qu'il ne reconnaissait ni l'abdication de son frère, ni la régence du prince de Carignan, que tout cela était le fait de la violence. Enfin le Roi me demanda, après me l'avoir fait lire, si j'aurais le courage de porter sa proclamation à Turin.

« Je répondis que je la porterais, mais qu'ayant à passer par Alexandrie, où trônaient les révoltés, je craignais qu'elle me fût enlevée. Je proposai alors à Sa Majesté de faire un paquet de cette proclamation et d'y mettre de sa main l'adresse du prince de Carignan. J'espérais ainsi pouvoir faire passer la proclamation pour une réponse à la lettre que j'avais apportée. Je me permis ensuite de demander au Roi s'il n'v avait aucune espérance qu'il voulût répondre un mot au prince. J'ajoutai que j'étais sûr de toute sa soumission et de tout son dévouement, a Eh bien, dites- « lui, reprit Charles-Félix, que s'il lui reste dans les « veines une goutte de notre sang royal, il doit partir u pourNovare et y attendre mes ordres. »

« Après quoi, le Roi daigna me dire des choses fort bonnes sur moi et sur ma famille. Il voulut, avant de me congédier, me donner sa bénédiction, que je reçus un genou en terre.

« Au sortir de l'audience, je montai en voiture,

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