‹ Prologue d'un règneChapitre 66 sur 177 · CHAPITRE V. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. I

temps de galop nous mena de la porte de Pô au Valentin. Les régiments commandés nous y attendaient

« J'étais le seul écuyer auprès du prince; on avait jugé que mieux valait ne pas prévenir le marquis de Saint-Georges. Il nous rejoignit pourtant peu d'heures après. Les troupes ne savaient rien des projets du Régent. Nous arrivâmes ainsi à Rodissone. C'était à cette première halte que Monseigneur devait faire lire aux soldats la proclamation du Roi. et par quelques mots énergiques se prononcer contre la Révolution.

« Il n'en fit malheureusement rien. On venait d'apprendre que le régiment des dragons delà Reine, dont Carail était colonel en second, venait de faire son pronunciamiento à Verceil, par où nous devions passer. Le prince craignit un conflit, et pour cette triste raison perdit la chance de dire officiellement ce qu'il avait si grand intérêt à faire savoir. C'est à Rodissone que nous parvint la nouvelle de l'insurrection de Gênes...

« Partis de Rodissone le soir, le prince et son escorte arrivaient avant le jour à San Germano. Moi, j'avais pris les devants comme fourrier. J'étais à mille lieues de m'attendre à ce que j'allais y trouver. Je trouvai, à San Germano, le général Roberti envoyé par le gouverneur de Novare pour prendre le commandement des troupes qu'amenait Monseigneur. Roberti apportait en même temps une lettre de Charles-Félix... »

Voici cette lettre :

1 3 8 la jeunesse du roi charles-albert.

« Mon neveu,

« Puisque vous voulez un ordre de ma main, je vous donne celui de vous rendre incessamment à Novare avec la princesse et votre fils, où je vous ferai connaître mes intentions par la voie du comte de La Tour... »

A Novare, le prince trouva, en effet, cet autre billet, fort sec, daté du 27 mars :

« Mon neveu,

<( J'approuve que vous soyez venu à Novare avec ce que vous avez pu ramasser de troupes fidèles. Si vous êtes réellement disposé à suivre mes ordres, je vous commande de vous rendre incessamment en Toscane, où vous vous ferez rejoindre par votre famille... »

C'était l'exil! Devant une sévérité qu'il sentait implacable, le malheureux prince se retourna vers Victor-Emmanuel, le conjurant de revenir sur son abdication :

a ...Sire, lui écrivait-il, cette lettre n'est pas la première que j'écris à Votre Majesté. Plus de dix furent prêtes à partir pour Nice (1); mais toutes furent déchirées, car j'aurais toujours désiré annoncer à Votre Majesté quelque nouvelle un peu consolante et honorable pour moi. Mais je ne sais quel génie s'est

(1) En quittant Turin, le roi Victor-Emmanuel était allé à Nice.

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