‹ Prologue d'un règneChapitre 69 sur 177 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

exil. Qui sait si la fortune politique d'Alfieri n'a pas eu pour raison les services qu'il put rendre à son maître dans cette première rencontre?

« Charles-Albert était décidé, racontait-il plus tard, à se rendre à Nice (1) ; mais les dispositions dans lesquelles je le trouvai m'engagèrent, par l'intérêt qui m'attache à toute la famille royale, à prévenir le mal qui pouvait résulter de ce voyage fait dans de pareilles dispositions...

a Ma tâche n'était pas mince. J'avais à le calmer, et, sans compter l'exagération, il avait bien de quoi n'être pas content. Je devais le mettre en état de recevoir les ministres et de se tenir en relation avec eux, de manière que tous les soupçons sur sa conduite passée ne pussent prendre une apparence de probabilité. Enfin je devais veiller à ce qu'il ne prît pas un parti extrême, ce à quoi il était très porté...

« A peine avais-je fini mon discours, que les ambassadeurs de France, de Russie et de Prusse vinrent engager le prince à rester à Florence, où ils pourraient, par leur intervention, devenir très utiles à l'amélioration de ses affaires (2)... »

« Toute la diplomatie, écrivait de son côté Sylvain, semble décidément prendre fait et cause pour nous et s'offre à nous servir. Plaise à Dieu que tant de beaux dires ne soient pas cataplasmes diplomatiques. Quoi qu'il en soit, mon patron est plus calme, et me donne

(1) Auprès du roi Victor-Emmanuel.

(2) Marquis Alfieri, par Domenico Berti, p. 33,

l'ordre d'aller à Nice chercher sa femme et son fils. Alfieri me remplacera pendant ce court voyage. Alfieri, que je Savais jamais tant vu, est homme à qui je m'en puis fier tout à fait... »

Sylvain sans doute avait lu, par-dessus l'épaule d'Alfieri, ces lignes admirables que le jeune homme écrivait à son père :

« Je reste ici pour avoir quelque mérite à la bonne conduite du prince, dont jusqu'ici on a été content, et qui ne paraît pas avoir voulu faire ce dont on l'accuse... Je n'ai certes pas à m'établir juge de ses actions. J'ai le bonheur de les ignorer complètement. Mais je crois qu'il est de notre intérêt, et même de notre devoir à tous, d'éloigner autant que possible des soupçons odieux d'une personne qui doit nous gouverner un jour (1). »

Sylvain partait donc tranquille.

On se le rappelle, la princesse de Carignan s'était échappée de Turin sous le nom de comtesse de Barge, pour se diriger sur Marseille; de Marseille elle était venue à Nice. C'est à Nice que Sylvain la retrouva.

Mais grand fut l'embarras du digne homme quand il fallut organiser le retour de la princesse. Il ne se trouvait, sur rade, prêt à faire voile pour Livourne, que le d'Osasque, un mauvais bâtiment marchand. L'installation à bord était déplorable, la mer affreuse; cependant la princesse ne voulait entendre à aucune prudence. A tout prix, il lui fallait arriver en Toscane.

(ij Le Marquis Alfieri, par Domenico Berti, p. '3'?.

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