‹ Prologue d'un règneChapitre 70 sur 177 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Son dévouement faillit lui coûter la vie. Après quelques heures de traversée, le d'Osasque se trouva aux prises avec une mer démontée. La nourrice du petit prince s'évanouit. Seule, dans sa cabine, avec cette femme et l'enfant qui râlait, la princesse aperçut dans un coin une image enfumée de la Vierge. Elle fit, devant cette image, un vœu qui les sauva, sans doute, car le navire désemparé entrait le i3 avril à Livourne, comme deux barques coulaient à quelques encablures (1) :

« ...Le diable se mêle de nos affaires, écrivait Svlvain, le 21 avril, mais j'ai quand même pu, à sa barbe, remplir ma mission et ramener la princesse. Après l'affreux mal de cœur que m'ont causé les événements du mois dernier, j'ai bravement supporté celui de notre horrible traversée... »

Mais qu'importait ce détail !...

« On est très monté contre mon seigneur, ajoutait tristement Sylvain, surtout dans le parti des carbonari. Il n'est invention dont ils ne le noircissent depuis qu'il s'est échappé de leurs mailles. Son irréprochable conduite, dès le moment où il a vu où on voulait le mener, rachète, et bien au delà, ses quelques imprudences. Comment, à la cour, ne voit-on pas la preuve de son innocence dans le déchaînement des coquins contre lui? N'est-ce pas la pire faiblesse des honnêtes gens que de ne jamais revenir sur une première impression, fût-elle damnable?... »

1) Voir Notice sur Marie-Thérèse, p. 33.

Les gens sans pardon sont généralement ceux dont on peut dire ce que le chevalier de Boufflers disait de certain abbé :

Rechigné comme un cénobite.

Il vécut toujours chastement; Mais il dut sa bonne conduite A son mauvais tempérament.

Quoi qu'il en soit, Sylvain rapportait cette décevante réponse aux lettres si douloureuses et si pressantes qu'avait écrites le prince :

« Nice, 1 1 avril 182 1 .

m Mon très cher cousin,

« J'ai reçu vos deux lettres; mais, ayant été plusieurs jours presque immobile à cause de mes rhumatismes, et ensuite, ayant eu des courriers de Modène et de Lucques auxquels j'ai dû répondre, et enfin celui qui nous a apporté la nouvelle de la défaite des insurgés et de l'évacuation de Turin, je n'ai que le temps de pouvoir vous accuser réception de vos lettres, ce soir, avant le départ de la princesse pour Livourne. Je vous remercie des détails que vous m'y faites, et je vous félicite du plaisir que vous aurez de vous réunir avec votre épouse et le fils (sic) que j'ai vu et trouvé très fort et bien portant, n'ayant pas souffert de tous ces voyages. La mer paraissant se calmer, je me flatte que la princesse aura un très joli voyage. Je prends la plus vive part au plaisir qu'elle aura de revoir son père bien portant; mais je crains qu'elle n'aura (sic)

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