‹ Prologue d'un règneChapitre 72 sur 177 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

espérer trouver quelque pièce compromettante pour le prince de Carignan.

On sait la cruelle inclination qu'ont les poutres à achever les pailles brisées!

« Tant de gens sifflent et mordent par acquit de conscience, tant d'autres par plaisir de mal faire, tant d'autres, enfin, par intérêt, que nous pourrions nous croire tombés dans un nid de vipères, écrivait Sylvain, le 20 juin 182 1. Sonnaz me fait savoir qu'on mène grand bruit contre nous, maintenant, d'un mémoire que mon prince a remis aux ambassadeurs pendant mon voyage à Nice. Mieux eût valu se taire; mais, à chose faite, conseil pris. Ce mémoire d'ailleurs ne peut compromettre personne, puisqu'il n'y est question que de gens qui s'étaient eux-mêmes compromis. Cependant je pressens quel torrent de protestations, de dénonciations et d'abominations ce malencontreux papier va déchaîner. »

Ce ne fut pas un torrent; ce fut une trombe de boue qui s'abattit sur le prince. La vision qu'il avait eue le jour où, averti du complot, il s'était cru doublement parjure, devenait une terrible réalité. Les vainqueurs lui criaient : Tu nous as trahis; les vaincus : Tu nous as livrés.

Sonnaz, resté à Turin par ordre, suppliait qu'on le mît au courant des circonstances qui avaient amené cette nouvelle explosion.

« ...Vous me parlez, lui répond le prince (i), d'un mémoire de moi que quelques personnes auraient à Turin. Jamais je n'écrivis de pièce justificative de ma conduite. Mais seulement, dans les huit premiers jours que j'étais à Florence, le comte Trutchess (2), le comte de Blacas, le général Vincent et le comte Pozzo di Borgo m'ayant pressé de faire une relation qui pût leur servir à me justifier près de leurs souverains, je donnai au comte Trutchess un court récit de nos événements, avec promesse de sa part qu'il ne serait point connu du public...

« ...A Florence, personne n'en a connaissance, mais on m'a dit que, par Vienne, le comte Bubna en ayant eu une copie, il en a distribué d'autres. Quelques personnes disent aussi que ce mémoire a indisposé le roi Victor-Emmanuel contre moi. Si, contre mon intention, on est parvenu à le connaître, j'en suis fâché pour les personnes à qui il pourra faire déplaisir, quoiqu'il ne renferme, j'en puis prêter le serment, que la plus stricte vérité... D'ailleurs, dans les huit premiers jours, vous pouvez vous figurer dans quel état j'étais. Le Roi avait refusé de me voir, et tout le monde cherchait à se disculper sur moi... »

Le malheur produira toujours cette même généra-

(1)10 juillet 1821.

(2) Ambassadeur de Prusse.

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