‹ Prologue d'un règneChapitre 73 sur 177 · C H A PI T R E VI. I · texte numérisé non relu

C H A PI T R E VI. I

tion spontanée d'ingratitudes et de lâchetés dont se plaignait le prince :

« Il se peut, mon cher Sonnaz, qu'en ceci on ait voulu me jouer, mais il faut prendre patience là-dessus comme sur le reste. J'attends, parce que mon honneur exige que je le fasse encore quelque temps. Vous vous rappelez ce que je vous dis en partant : je ne tiens nullement à mon état de prince. Je ne demandais depuis longtemps qu'un emploi pour y renoncer. Elle est venue (l'heure); il faut seulement le faire en honnête homme. Mes devoirs envers mon pays cessent; car tous les devoirs sont réciproques, et Ton a tellement mésusé à mon égard que je suis quitte... »

Quitte, pouvait-il l'être? L'adversité rend injuste. Charles-Albert n'avait pas le droit d'oublier qu'il laissait derrière lui des hommes prêts à se sacrifier pour infuser de force, s'il le fallait, son jeune sang dans les veines taries de leur vieille dynastie.

Ce que Faverge et Valese avaient fait, le comte délia Valle, à son tour, allait le tenter en tenant tête au roi Charles-Félix (i).

« ...La position actuelle du prince de Carignan m'afflige profondément, écrivait-il au comte de Castelalfer, envoyé de Sardaigne à Florence. J'espère que vous ne négligez rien pour capter sa confiance. Enga-

(i) Le comte délia Valle e'tait alors ministre d'État. — « Je suis seul, écrivait-il, de Modène, à Revel, pour lutter contre ceux qui voudraient les blancs (les Autrichiens), dans leur lit, et les autres dans l'eau, si c'était possible. » (Revel, Guerre des A Ipes.)

gez-le surtout à être circonspect dans ses propos. Quoique jeune, il doit avoir appris, par une malheureuse expérience, combien les hommes d'aujourd'hui abusent facilement de la confiance des princes...

« Il a trop d'esprit pour ne pas comprendre que, dans sa position, il ne lui reste qu'à suivre les principes d'après lesquels il s1est conduit depuis le départ du roi Victor- Emmanuel de Turin.

« Si, comme je le crois, il se souvient du langage que j'ai toujours tenu devant lui, il doit avoir reconnu en moi un caractère loyal et dévoué à son roi comme à ses devoirs. D'ailleurs, le prince de Carignan doit être convaincu qu'il ne trouvera jamais d'ennemis parmi les vrais serviteurs de la monarchie (i)... »

Il n'était pas sans quelque hardiesse de s'exprimer ainsi, à l'heure où la sévérité de Charles-Félix se montrait, à l'égard du prince, plus que jamais implacable. Telle était cette sévérité, que Revel, alors président du conseil d'enquête, « demandait au Roi s'il était décidé à faire exécuter le prince de Carignan, dans le cas où le prince mériterait la mort (2) ».

Ah! c'était un roi justicier que Charles- Félix : « Tant que j'ai été prince royal, répondait-il à son frère, qui lui aussi parlait de clémence, j'ai respecté vos ordres; je suis prêt à vous rendre sceptre et couronne; je le suis aujourd'hui, je le serai dans dix ans. Mais

: Nicomède Bianchi, Storia d'Italia, etc., p. 344. (2 Revel, Guerre des A Ipes, p. 63.

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