‹ Prologue d'un règneChapitre 78 sur 177 · CHAPITRE VI. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. I

sion à laquelle on se heurte, comme s'y heurtait sans cesse Charles- Albert, jusque dans les rues de Florence.

a ...La Marmora n'est pas plus gai que moi, écrivait-il (ij. Aussi bien souvent, dans nos promenades, avons-nous entendu des badauds qui disaient : O che faccie série! On est tout étonné, dans ce pays-ci, quand on rencontre un homme qui ne rit pas à se fendre la bouche jusqu'aux oreilles... »

Si pénible fût cette joyeuse atmosphère, il fallait quand même la respirer; les ordres de Charles-Félix étaient péremptoires. Le prince devait rester à Florence et s'y amuser de force. Tantôt on remmenait à Sienne a pour assister à d'interminables processions »; tantôt on l'établissait à une partie de cartes, u Partie, écrivait-il, où je n'ai d'autre plaisir que de perdre en pensant à vous. » Puis, il lui fallait faire la cour « à la duchesse de Parme, Marie-Louise, à son fin Neipperg, au-devant de qui le grand-duc se précipitait plus jovial que jamais ». Enfin, c'est une a détestable course de chevaux au Prato. » L'énumérationdetantdeplaisirs finit par ces mots : a Je meurs de rage et d'ennui. »

Sylvain réglait fidèlement son humeur sur celle de son maître et voyait, lui aussi, gens et choses au bout d'un verre noirci.

« Nous allons, écrivait-il (2}, passer à Sienne les

11 Florence, 14 septembre 1 821. Le marquis de La Marmora, prince de Masserano, ecuyer du prince de Carignan, l'avait rejoint à Florence deux mois après son arrivée. (2) 10 août 1821.

fêtes de la Vierge. Toutes les dames de la cour et de la ville, qui ne sont pas, à beaucoup près, des vestales, vont là, avec leurs sigisbées, chanter les louanges de la Mère de Dieu et lui demander probablement un peu moins de jalousie de la part du maître que l'usage veut qu'elles se donnent.

« C'est pourquoi tin être dépareillé, comme moi, trouve insupportable la société de Florence, où chacun vit avec sa chacune. Il n'y a de refuge qu'auprès des étrangers. Mais ce sont là des amitiés de lanterne magique. Je ne vois pour être parfaitement heureux que le grand-duc. Il aime chacun, et tous l'adorent. Son mariage lui a rendu une seconde jeunesse (i). Il est plein d'entrain et d'aménité. Toujours en chapeau de paille et en guêtres, il visite à pied ses fermes expérimentales, et au besoin il met la main au foin et à la moisson. Tout est agricole ou marchand en Toscane. Point d'état militaire, et juste ce qu'il faut d'état civil. Les finances sont agréablement emplovées pour tous. Si notre Roi veut bien faire, il suivra quelque jour cet exemple. »

(i) Le grand-duc de Toscane avait épousé en premières noces une princesse de Naples. Puis, voyant que son rils Léopold n'avait pas d'enfants, il s'était remarié avec une princesse de Saxe, sœur cadette de sa propre belle-nlle.

« Il ne pouvait, dit Sylvain dans ses Mémoires, mieux choisir sous tous les rapports. L'archiduchesse Marie avait le caractère le plus doux et le plus aimable que l'on pût imaginer. L'union de la famille ne souffrit rien de ce singulier mariage. »

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